CHAPITRE XVn
•Jassesse et noirceur étrange du duc de Gesvres à mon égard. ~ Duc de GesMCs mo( liant dans sa famille; fait un trait cruel au maréchal de Villeioy. — Origine de la conduite des ambassadeurs, à leur première audience, par ceux des maisons de Lorraine, Savoie et LongueNille, et h leur entrée par des maréchaux de France. — Origine du chapeau aux audiences de cérémonie des ambassadeurs, qui ne s'élend nulle part ailieui-s. — Mort de M™' de Marsan. — Le nonce I)eli)bini fait cardinal; son mot sur l'Opéra. — Mariage de Coigny et de M"' du Boidage. — Silence imposé par le Roi aux bénédictins et aux jésuites sur une nouvelle édition des premiers, de saint Àu- ^'u^tiu. - Kxécuiion de M"* Ticquet, pour avoir fait assassiner son mari, conseiller au Parlement. — Mort du fils unique de Guiscard. — Mort de liarin.
Je viens maintenant à ce qui m'arriva de ce voyage. Il étoit certain que le grand chambellan, et en son absence le premier gentilhomme de la chambre du Roi en année, devoit prendre Tépée, le chapeau et les gants de Monsieur de Lorraine allant rendre son hommage. Les prendre en ce cas-là, c'est dépouiller le vassal des marques de dignité en présence de son seigneur, et non pas le servir; et ce qui le montre, c'est que le premier gentilhomme de la chambre ne les garde ni ne les rend : toute sa fonction n'est que de dépouiller le vassal, et c'est le premier valet de chambre qui les reçoit du premier gentilhomme de la chambre dans l'instant qu'il les a ôtés au vassal, et c'est ce môme premier valet de chambre qui les rend au vassal après son hommage. Cela se passa ainsi en 1661, à l'hommage du duc de Lorraine Charles IV, grand-oncle, de celui-ci, et il se trouve même que le connétable de Richemont, de la race royale, et qui mourut duc de Bretagne, prit l'épée, les gants et le chapeau du duc de Bretagne, son neveu, s'étant trouvé présent à son hommage. Cela ne peut s'entendre autrement, et fut en effet entendu de la sorte sans nuage ni détour. Néanmoins, à l'adresse avec laquelle la maison de Lorraine a su tirer des avantages de tout, et des choses les plus fortuites et les plus indifférentes en faire des distinctions, des prétentions, des prérogatives, je voulus éviter jusqu'aux riens les plus décidés, pour ne leur laisser aucune prise et profiter de la conjoncture du monde la plus naturelle.
Le duc de Gesvres, qui étoit en année, ne servoit plus les soirs quand le marquis de Gesvres, son fils et son survivancier, l'en pouvoit soulager. Il se portoit bien, il étoit à Versailles, il étoit donc tout simple de lui laisser la fonction. Le duc de Gesvres avoit fait toute sa vie profession d'être ami particulier de mon père, et le venoit voir fort souvent jusqu'à sa mort.. Depuis il m'accabla d'amitiés, et toutes ses années me procuroit toutes les sortes d'entrées dont le premier gentilhomme de la chambre peut favoriser. Il me venoit voir, à quatre-vingts ans qu'il