MORT DE BARIN
lui, et l'exécution fut faite à la Grève, le mercredi 17 juin après midi. Toutes les fenêtres de Thôtel de ville, toutes celles de la place et des rues qui y conduisent, depuis la Conciergerie du Palais, où elle étoit, furent remplies de spectateurs, hommes et femmes, et de beaucoup de nom, et de plusieurs de distinction. 11 y eut même des amis et des amies* de cette malheureuse qui n'eurent pas honte et horreur d'y aller. Dans les rues la foule étoit à ne pouvoir passer. En général on en avoit pitié et on souhaitoit sa i,Tâce, et c'étoit avec cela à qui Tiroit voir mourir. Et voilà le monde, si peu raisonnable et si peu d'accord avec soimême.
Tout à la fin de Tannée, Guiscard perdit son fils unique, de la petite vérole, à Vienne; il Tavoit envoyé voyager en ce temps de paix : ce «qui rendit sa sœur une riche hérilere.
Barin mourut aussi. Il étoit premier maître d'hôtel de Monsieur. C'étoit, je pense, un homme d'assez peu, mais do très-bonne mine, et fort grand et bien fait, quoique (l.jà vieux, ce qui lui avoit fort servi auprès des dames. Il avoit de l'esprit, du sens, de l'adresse, de l'intrigue, de la conduite, de l'honneur, et un grand attachement et une rrrande fidélité pour ses amis. Il avoit été fort avant dans les afl*aires de Mademoiselle, de M. de Lauzun et de M^'de Montespan, et j'en ai vu quantité de lettres fort curieuses H M. de Lauzun sur tout cela, vers la fin de sa prison*. Les ministres d'alors en faisDient cas, et il a toujours été dans le inonde sur un bien meilleur pied que son état. Il nï'toit point marié, et mourut fort peu riche, rangé et tout à fait désintéressé, et longtemps avant sa mort assez retiré, et fort hoiiinie de bien.
1. Saint-Simon a écrit: da amis et dti omit, 'i. Vlts la fin de la prison de Lauzun à Pignerol.
28 i EXIL DE M"* DE NEMOURS. [1700]