DISPUTE DE TORGT ET DES AMBASSADEURS
choses qui déplurent, et qui la firent chasser. Être souyeraine d*une belle terre, et sujette d*un grand roi, sont deux choses difficiles à accorder quand on se sent et qu*on veut faii*e ce qu*on est.
Le cardinal 'Je Bouillon, devenu sous-doyen du sacré collège, eut le plaisir d*ouvrir la porte sainte du grand jubilé du renouvellement du siècle, par rinfirmité du cardinal Cibo, doyen. 11 en fit frapper des médaillçs et ^ J^* faire des estampes et des tableaux. On ne peut marquer un plus grand transport de joie, ni se croire plus honoré et plus grand de cette fonction, qu*il ne de voit pourtant à aucun choix ; et ce lui fut une consolation après Taffaire de Monsieur de Cambray, qui lui avoit causé tant d*amertume. C*est ainsi que les gens si glorieux se montrent souvent bien petits. Jamais homme ne se montra tant Fun et Fautre.
Nos secrétaires d*Ëtat, parvenus à pas de géant où ils en sont, ne se contentèrent pas des succès domestiques ; ils en voulurent essayer d'étrangers, qui ne leur réussirent pas si bien, parce que les étrangers ne dépendent point d'eux. Le secrétaire d*État qui a le département des afi'aires étrangères envoie son carrosse aux entrées des ambassadeurs; il'ne dispute pas de sa personne la préséance à un ambassadeur qui a la main ^ chez les princes du sang. Mais, tout modeste que fût Torcy, son carrosse s*étoit doucement coulé entre le dernier des princes du sang et ceux d'Erizzo et de Ferreiro, derniers ambassadeurs de Venise et de Savoie. Le successeur d'Erizzo y prit garde de plus près, et ne le voulut pas souffrir; le successeur de Ferreiro Fimita, et dit que son maître ne lui pardonneroit jamais s'il faisoit la moindre chose du monde moins que Fambassadeur de Venise : Torcy n'envoya i)oint son carrosse. Cette tentative, ainsi manquée I>rcsque aussitôt qu'aperçue et tournée en prétention, fut rejetée dans la suite par tous les autres ambassadeurs, et finalement les choses revinrent dans Fordre : Torcy ren-