CHAPITRE XXI
Arrêt du conseil, à faute de mieux, <iui dépouille le cardinal de Bouillon. •— Cardinal de Coislin fait grand aumdnier; évêque de. Metz premier aumdnier en titre; conduite du cardinal de BoniDoi. — Réflexion sur les cardinaux françois. — Mort da duc de Gto- «ester. — Le Vassor. — Mesures sur l'Espagne. — Paix du Rord en paitie. — Voyage de Fontainebleau. — Zinzendorf, envoyé de TËmpereur, mange avec Monseigneur. — M** de Verue; ses milheurs ; sa fuite de Turin en France. — Jugement en fiavear de la Bretagne, de sa propre amirauté contre l'amirauté de France. - Acquisition de Sceaux par M. du Maine. — Mort de M"* de Condé.— D'Antin quitte le jeu solennellement, et le reprend dans la suite. — Moit de Monsieur de la Trappe. — Mort du pape Innocent in, Pignatelli.
.. ;, 4 M. le cardinal de Bouillon, toujours dans Rome, attendant un consistoire pour y opter le décanat et FéTéché d'Ostie, continuoit à porter Tordre, et en bon françois, à se moquer du Roi. Il prétendoit très-faussement que sa charge de grand aumônier étoit office de la couronne, comme force autres choses, et que conséquemment, en ne donnant point de démission, ell-^ ne pouvoit lui êtreôtée sans lui faire son procès, dont sa pourpre le mettoit à Fabri. Le Roi, enfin, excédé d'une désobéissance si poussée et si éclatante, ordonna au Parlement de lui faire son procès; mais quand on voulut y travailler, • tant d'obstacles se présentèrent qu*il en fallut quitter le dessein. On y suppléa par un arrêt du conseil, rendu en présence du Roi, le dimanche 12 septembre, qui ordonna la saisie de tous les biens laïques et ecclésiastiques du cardinal de Bouillon, en partageant les derniers en trois portions, pour les réparations, les aumônes et la confiscation, et tous les biens laïques confisqués; et cet arrêt fut envoyé à tous les intendants des provinces, pour le faire exécuter sur-Je-champ et & la rigueur. Le môme jour, les provisions de la charge de grand aumônier furent envoyées au cardinal de Coislin, à Rome, et
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celles de premier aumônier expédiées à Févèque de Meti, son neveu,, qui n*en avoit que la sorvivance. Le Roi chargea Pontchartrain de porter celte triste nouTelle an duc de Bouillon, et de lui dire que c*étoit avec déplaisir qu'il étoit obligé d*en venir là. Le désespoir du cardinal fut extrême en apprenant cet arrêt, et sa charge donnée au cardinal de Goislin, qui n*osa la refuser. L*orgaeil Tavoit toujours empêché de croire qu*on en vint à cette extrémité avec lui. Il ne donna point sa démission, qu^on ne lui demandoit plus et dont on n*avoit plus que faire. Son, embarras fut Tordre : H. de Monaco le fit avertir que, s*il ne le quittoit, il avoit ordre de le lui aller arracher du col. S*il avoit pu espérer quelque suite embarrassante d'une démarche si forte contre un cardinal, il n*6ût pas mieux demandé, mais sa fureur, un peu rassise» hû laissa voir toute sa foiblesse, et toute la folie de prétendre garder malgré le Roi Tordre, qu*il n*en avoit reçu que comme la marque d'une charge qu'il lui avoit ôtée, et dont il avoit revêtu un autre cardinal, actueHe* ment aussi dans Rome. Il quitta donc les marques de Tordre, mais ce qu'il fit de pitoyable est qu*il porta un cordon bleu étroit, avec la croix d'or au bout, sous sa soutane, et qu'il tàchoit de fois & autre de laisser entrevoir un peu de ce bleu, entre le haut de sa soutane et son porte* collet.
Je ne puis m'empêcher d'admirer ici la manie d*avoir des cardinaux en France, et de mettre des sujets en état de faire compter avec eux, d'attenter tout ce que bon leur semble, et de narguer impunément les rois et les lois. Le Roi avoit senti au commencement de son règne le poids insultant de cette pourpre, jusque dans sa capitale, par le cardinal de Retz, qui, après tout ce qu'il avoit corn* mis, força enfin & lui faire un pont d'or, et à se faire recevoir avec toutes sortes de distinctions et d'avantages. I^s dernières années du même règne furent marquées au même coin par le cardinal de Bouillon. Si nos rois ne souffroient point de cardinaux en France, et s'ils don-
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noient leur nomination à des Italiens, ils s'attacheroient les premières maisons et les principaux sujets de Rome par cette espérance, et ceux qu'ils nommeroient, étant da pays, dans leurs familles et parmi leurs amis, au fait de jour à jour de tout ce qui se passe à Rome, y servircient bien plus utilement qu*un cardinal françois, qui est long« temps à se mettre au fait de cette carte, qui y est toujours considéré comme en passant, et qui ne peut jamais acquérir Tamitié, la confiance, ni la facilité de manège et d'industrie d'un naturel du pays. Ce cardinal italien n*a point d'amis ni de famille en France qui le soutienne s'il vient à mécontenter; il est donc bien plus attentif & bien faire qu'un François, qui ne parvient pas là sans de bons appuis, ou qui tout au plus s'en console en retournant chez lui parmi les siens, où, quoi qu'il ait fait, il nage dans les biens, dans les plus grands honneurs, et jouit de toutes les distinctions, de toute la considération et de tous les ménagements, pour soi et pour les siens, qui en sont une suite nécessaire. On ne craint plus un Italien qui , avec la confiance de la cour qui Ta élevé, perd tout son relief à Rome et tombe dans le mépris, et dont Texemple apprend à son successeur à éviter une disgrâce qui remplit de dégoûts tout le reste d*une vie. Pour les conclaves, les Italiens se trouvent tout portés et tout instruits des intérêts des brigues et des menées, et à portée de serrer la mesure avant Tarrivée des étrangers, s'ils voient jour à faire leur coup, au lieu qu'il fiiot bien du temps à ceux qui arrivent pour se mettre aa fait, dont ils ne peuvent être instruits que par les autres, qui les abusent bien souvent, et, le conclave fini, n*ont plus grande hâte que de s'en retourner. Un Italien, aa contraire, qui a contribué à une exaltation, et qui n*a d'autre demeure que Rome, profite pour la couronne qu'il sert de la bienveillance qu'il s'est acquise du Pagp et de sa famille, et susceptible qu'il est pour la sienne de toutes les petites grâces de la prélature de Rome, et lié et instruit comme il l'est à fond dans cette cour, ses mes