‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 251 sur 333 · DES PRINCIPAUX SEIGNEURS · texte numérisé non relu

DES PRINCIPAUX SEIGNEURS

fiJs du fils unique de la Reine, sœur du roi d'Espagne. Il s'en ouvrit comme en tâtonnant à Médina Sidonia, quoique il ne fût pas du conseil, mais, par sa charge et son esprit, en grande figure et en faveur, et avec qui il éloit en liaison particulière. Celui-ci, qui le respectoit et qui le savoit aussi autrichien que lui-même, mais qui étoit gouverné par son intérêt, et qui, par conséquent, craignoit sur toutes choses le démembrement de la monarchie, entra dans le sentiment de Villafranca, et fy affermit même par son esprit et ses raisons. Ces dernières étoient claires : la puissance de la France étoit grande et en grande réputation en Europe, contiguë par mer et par terre de tous les côtés à TEspagne, en situation par conséquent de Tat-r taqucr ou de la soutenir avec succès et promptitude, tout à fait frontière des Pays-Bas, et en état d'ailleurs de soutenir le Milanois, Naples et Sicile contre TEmpereur foible, contigu à aucun de ces Etats, éloigné de tous, et pour qui le continent de l'Espagne se trouvoit hors de toute prise, tandis que de tous côtés il fétoit de plein pied à la France. Ils coinniuniquèrent leur pensée àVillagarciasetàVillena, qui y entrèrent tout d'abord. Ensuite ils jugèrent qu'il falloit gaf^ncr S. Estevan, qui étoit la meilleure tête du conseil; Viiiena étoit son beau-frère, mari de sa sœur, et son ami intime; Villagarcias aussi très-bien aveclui : ils s'en chargèrent, et ils réussirent.

Voilà donc cinq hommes très-principaux résolus à donner h'iir couronne à un de nos princes. Ils délibérèrent entre eux, et ils estimèrent qu'ils ne pourroient rien faire sans l'autorité du cardinal Portocarrero, qui portoit ses deux, pour le conseil, où il étoit le premier, et pour la conscience, par ses qualités ecclésiastiques. La haine ouverte et réciijroque déclarée entre la Reine et lui leur en fit bien espérer. H étoit de plus ami intime de Villafranca et de toute lu maison de Tolède. Celui-ci se chargea de le sonder, puis de lui parler; et il le fit si bî^n qu'il s'assura tout à fait de lui. Tout cela se pratiquoit sans que le Roi ni personne en France songeftt à rien moins, et sans que

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Blécourt en eût la moindre connoissance» et se pntiquoit par des Espagnols qui n'avoient aucune liaison en France, et par des Espagnols la plupart fort autrichiens, mais qui aimoient mieux Tintégrité de leur monarchie, et leur grandeur et leurs fortunes particulières à eux, que la maison d'Autriche, qui n*étoit pas à la même portée que la France de maintenir Tune et de consenrer les autres. Ils scntoient néanmoins deux grandes difBcultés : les renonciations si solennelles et si répétées de notre reine par la paix des Pyrénées et par son contrat de mariage avec le Roi, et Topposition naturelle du leur à priver sa propre maison, dans Tadoration de laquelle il ayoit été élevé, et dans laquelle il s'étoit lui-même nourri toute sa vie, et la priver en faveur d'une maison ennemie et rivale de la sienne dans tous les temps. Ce dernier obstacle, ils ne crurent personne en état de le lever que le cardinal Portocarrero par le for de la conscience.

 regard de celui des renonciations, Villafranca ouvrit un avis qui en trancha toute la difficulté. Il opina donc que les renonciations de Marie-Thérèse étoient bonnes et valables, tant qu'elles ne sortoient que l'effet qu*on avoit eu pour objet en les exigeant et en les accordant; que cet effet étoit d'empêcher, pour le repos de TEurope, que les couronnes de France et d'Espagne ne se trouvassent réunies sur une même tête, comme il arriveroit, sans cette sage précaution au cas où [on] alloit tomber, dans la personne du Dauphin; mais que, maintenant que ce prince avoit trois fils, le second desquels pouvoit être appelé à la couronne d'Espagne, les renonciations de la reine sa grand'mère devcnoient caduques, comme ne sertissant plus l'effet pour lequel uniquement elles avoient été faites, mais un autre inutile au repos de l'Europe, et injuste en soi, en privant un prince particulier, sans Etats et pourtant héritier légitime, pour en revêtir ceux qui ne sont ni héritiers ni en aucun titre à l'égard du fils de France, effet encore qui n'alloit à rien moins qu'à la dissipation et la destruction totale d'une monarchie pour la conserva-

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