CHAMILLART MINISTRE
Radziewski, qu'il prétcndoit avoir avancés pour rélectioi manquée de M. le prince de Gonti, donna une grow confiscation de vaisseaux de Dantzick quMl avoit fût arrêter à Tabbé de Poiignac, pour ses équipages, quecen de cette ville lui avoient pris, et reçut après leurs soumiisions et leurs pardons. Il donna aussi douze mille Ihnci de pension à M*"* de Lislebonne, sœur de M. de Vaudemont, cinq mille francs à la femme de Mansart, et qnitn mille francs à M"* de Croissy, sœur de Torcy ; et le S3 novembre, il fit Chamillart ministre, et lui ordonDade venir le lendemain au conseil d*Ëtat. Il fut d'autant pins touché de cette importante grâce qu'il n^y songeoitpas encore. Le Roi, qui Taimoit et qui s'en accommodoit de plus en plus, fut bien aise de lui h&ter cette joie, et d'angmenter sa considération et son crédit parmi les financiers, dans un temps où il prévoyoit qu'il pourroit avoir besoin d'argent. Barbezieux, ami de Chamillart, mais son ancien, et supérieur à lui en tant de manières, ne lui en sut point mauvais gré, mais il prit cette préférence avec la dernière amertume; et Pontchartrain se fit moquer de soi d'en paroître fâché, et d'y avoir prétendu, et blâmer jusque par son père.
Cependant TEmpereur se préparoit à la guerre, et à avoir une armée en Italie sous le prince Eugène, et nne autre sur le Rhin, que le prince Louis de Baden devoit commander; mais il venoit de se joindre de plus en plos aux opposants au neuvième électorat : l'Empereur loi en avoit écrit avec force et hauteur; il y avoit répondu de même, et mis le marché à la main sur sa charge de fcld-maréchal général de ses armées et de celles de l'Empire. S'étant assuré de la maison de Brunswick par ce neuvième électorat, il s'acquit encore celle de Brandebourg en adhérant à la fantaisie de cet électeur.
Il possédoit la Prusse à un étrange titre : les chevaliers de Tordre Teutonique, chassés de Syrie par les Sarrasins, ne savoient où se retirer, et ils étoient trente mille hommeSj tous Allemands; Rome, TEmpirc, la Pologne convln-
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rent de leur donner la Prusse à conquérir sur les peuples barbares et idolâtres qui . en étoient les habitants et les maîtres, et qui avoient Un roi et une forme d*Ëtat; la conquête fut difficile, longue, sanglante : à la fin elle réussit, et Tordre Teutonique devint très-puissant. Le grand maître y étoit absolu, et traité en roi, arec une cour et de grands revenus; il y avoit un maître de Tordre sous lé grand maître, qui avoit son état à part et grand nombre de commandenes. La religion y fleurit, et Tordre avec elle, jusqu*à entreprendre des conquêtes, et d^envahir la Samogitie et la Lithuanîe, ce qui causa de longues et cruelles guerres entre eux et les Polonois. Luther ayant répandu sa commode doctrine en Allemagne, ces chevaliers s*y engagèrent, et usurpèrent héréditairement leork commanderies. Albert de Brandebourg étoit lors grand maître; il ruina tous les droits et les privilèges de Tordre qui Tavoit élu, s*en appropria les richesses communes, se moqua du Pape et de TCmpereur, et sous prétexte de ter- . miner la guerre de Pologne, partagea la Prusse avec elle, dont la part fut appelée Prusse royale, et la sienne ducale, et lui duc de Prusse. Â son exemple, Gothard Kettler, qui étoit en même temps maître de Tordre, s*approprialaConrlande en duché héréditaire, sous la mouvance de la Pologne, et sa poatérilé Ta conservée Jusqu*en nos Jours, que le dernier mâle étant mort, la Gzarine en a su récompenser les services amoureux de ByronS gentilhomme tout simple du pays. Frédéric étoit petit-fiîs, fils et frère des trois premiers électeurs de Brandebourg delà maison d'aujourd'hui. Il eut trois fils entre autres de la fille de Casimir, roi de Pologne : Casimir, qui fit la branche deCulmbach, qui servit fort utilement Charles V et Ferdinand son frère; il laissa un fils unique, mort sans postérité; Georges, qui fit la branche d*Ânspach Tandenne, qui s'éteignit aussi dans son fils; et Albert, qui, de grand maître de Tor^ dre Teutonique, secoua le Joug de Rome, de ses vœux, de