‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 42 sur 333 · DISPUTE DE PRÉSÉANCE · texte numérisé non relu

DISPUTE DE PRÉSÉANCE

Voilà donc une duchesse à vie, un duc et pair et un duc à brevet dans la maison de Rohan. Mais cette génération commence à montrer autre chose. M. de Sully, en faisant le mariage de sa fille, représenta si bien à Henri IV Thonneur que cette branche de Rohan avoit de lui appartenir de fort près, et d'être même Théritière de la Navarre, s'il n'avoit point d'enfants, par Isabelle de Navarre, sa grand'tante et leur grand'mère, qu'il obtint un tabouret de grâce aux deux sœurs de son gendre, l'autre étant déjà mariée, mais en leur déclarant bien que ce n'étoit que par cette unique considération de la proche parenté de Navarre, que cette distinction ne regardoit point la maison de Rohan, et ne passeroit pas même au delà de ces deux filles. C'est la première époque de rang, ou plutôt d'honneurs sans dignité, dans la maison de Rohan, et non à cette maison.

Aux fiançailles et mariage de Monsieur Gaston avec M"* de Montpensier, princes ni grands n'eurent point de rang, marchèrent entre eux en confusion, et se placèrent comme ils purent. Les dames ne furent pas d'avis de faire de même, et voulurent marcher en rang. C'étoit à Nantes, et le cardinal de Richelieu faisoit la cérémonie. La duchesse de Rohan, qui suivoit la duchesse' d'Halluyn, qu'on a aussi quelquefois appelée la maréchale dé Schomberg, voulut la précéder; l'autre s'en défendit; la contestation s'échauffa; des paroles, elles en vinrent aux poussades et aux égratignures : le scandale ne fut pas long, et sur-le-champ la dispute fut jugée, et décidée en faveur de M""* la duchesse d'Halluyn, comme l'ancienne de M"* de Rohan, qui subit le jugement.

Voici la première époque de prétention, et la prétention fut malheureuse : encore n'est-il rien moins que clair qu'elle roulât sur la maison de Rohan, qui jusqu'alors et bien longtemps depuis n'en avoit aucune, mais bien sur l'ancienneté entre duchesses, car on voit que M"* de Rohan ne disputa à pas une autre. M"' d'Halluyn étoit fille de M. de Piennes, tué du vivant de son père, par ordre du duc

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