U. DE SOUBISE ET SES DEUX FEMMES
Tooloit qae des hommes de nom les accompagnassent, M"* de Rohan, à causé de M. de Turenne, ne les confioit jamais qu*à MM. de Duras ou de Lorges, ses neveux, qui étoient chez elle comme les enfants de la maison ; cl fai vu cette intimité de mon beau-père avec ces trois dames exister la même depuis un si grand nombre d'années.
M. de Turenne entra donc dans cette affaire comme dans la sienne propre ; M"* de Rohan la poursuivit comme une grâce qu'elle demandoit instamment ; M"' de Chevreuse y mit tout son crédit et toutes ses anciennes liaisons avec la Reine; et ils remportèrent. Ils obtinrent presque en même temps de faire M"* .de Soubise dame du palais, et ime fois à la cour, sa beauté fit le reste : le Roi ne fut pas longtemps sans en être épris. Tout s'use : Fhumeur de M** de Montespan le fatiguoit; au plus fort même de sa faveur il avoit eu des passades ailleurs, et lui avoit même donné des rivales. Celle-ci sut bien se conduire : Bontemps porta les paroles ; le secret extrême fut exigé, et la frayeur de M. de Soubise fort exagérée. La maréchale de Rochefort, accoutumée au métier, fut choisie pour confidente. Elle donnoit les rendez-vous chez elle, oii Bontemps les venoit avertir; et toutes deux, bien seules et bien affublées, se rendoient par des derrières chez le Roi,
La maréchale de Rochefort m'a conté qu'elle avoit pensé mourir une fois d'embarras : il y eut du mécompte ; Bontemps arriva mal à propos; il fallut, sous divers prétextes, se défaire de la compagnie, qu'on avoit laissée entrer parce qu'on ne comptoit sur rien ce jour-là, et toutefois garder M** de Soubise pour la conduire après où elle étoit attendue, et ne pas faire perdre du temps à un amant dont toutes les heures étoient compassées. Au bout d'un temps assez considérable, le pénétrant courtisan s'aperçut, mais ne se le dit qu'à l'oreille, et d'oreille en oreille personne n'en douta plus.
M. de Soubise, instruit à l'école de son père et d'un frère aîné infiniment plus âgé que lui, ne prit pas le parti le