‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 78 sur 333 · S'étaient habillées à neuf · texte numérisé non relu

S'étaient habillées à neuf

il8 LA BELLE-FILLE DE PONTCHARTRAIN ' [1698]

pour Fontainebleau, que je placerai ici une chose qui fut entamée avant le premier de ces deux voyages, et qui ne fut consommée qu'au retour du second. Elle semblera peu intéressante parmi tout ce qui Fa précédée et la suivra, mais j'y pris trop de part pour l'omettre, et je ne la puis bien expliquer sans rappeler ma situation avec quelques personnes. La première me fait trop d'honneur pour n'être pas embarrassé à la rapporter, mais outre que la vérité doit l'emporter sur toute autre considération, c'est qu'elle a influé depuis sur tant de choses importantes qu'il n'est pas possible de l'omettre.

On a vu en son temps le mariage du fils unique de M. de Pontchartrain avec une sœur du comte de Roucy, cousine germaine de M"* de Saint-Simon. Ils ne l'avoient désirée que pour Falliance, et par la façon dont ils en usèrent pour tous ses proches, toutefois en trayant, ils firent tout ce qu'il falloit pour en profiter. Il n'y en eut point qu'ils recherchassent autant que M"' de Saint-Simon, et qu'ils désirassent tant lier avec leur belle-fille. Elle se trouva très-heureusement née, avec beaucoup de vertu, de douceur et d'esprit, toute Roucy qu'elle étoit, beaucoup de sens et de crainte de se méprendre et de mal faire, ce qui lui donnoit une timidité bienséante à son âge. Avec cela, pour peu qu'elle fût en quelque liberté, toutes les grâces, tout le sel, et tout ce qui peut rendre une femme aimable et charmante, et avec le temps une conduite, une connoissance des gens et des choses, un discernement fort au-dessus d'une personne nourrie dans une abbaye à Soissons, et tombée dans une maison où, dans les commencements, elle fut gardée à vue, ce qu'elle eut le bon esprit d'aimer, et de s'attacher de cœur à tout ce à quoi elle le devoit être. La sympathie de vertus, de goûts, d'esprits, forma bientôt entre elle et M'"*' de Saint-Simon une amitié, qui devint enfin la plus intime, et la confiance la plus sans réserve qui pût être entre deux sœurs. 31. et M"* de Pontchartrain en étoient ravis. Je ne sais si cette raison détermina M. de Pontchartrain; mais sur la lin de

(1698] LIÉE AVEC M"* DE SAINT-SIMON. ii9

rhiver de cette année, Tétant allé voir dans son cabinet, comme depuis ce mariage j'y allois quelquefois, mais pa$ fort souvent à ces heures-là de solitude, après un entretien fort court et fort ordinaire, il me dit qu'il avoit une grâce à me demander, mais qui lui tenoit au cœur de façon à n'en vouloir pas être refusé. Je répondis comme je devois à un ministre alors dans le premier crédit et dans les premières places de son état. Il redoubla, avec cette vivacité et cette grâce pleine d'esprit et de feu qu'il mettoit à toat quand il vouloit, que tout ce que je lui répondojs éloit des compliments, que ce n'étoit point cela qu'il lui falloit , c'étoit ^ parler franchement , et nettement lui accorder ce qu'il desiroit passionnément et qu'il me demandoit instamment; et tout de suite ajouta : a l'honneur de votre amitié, et que j'y puisse compter comme je tous prie de compter sur la mienne, car vous êtes homme vrai, et si vous me l'accordez, je sais que j'en puis être assuré. » Ma surprise fut extrême, à mon âge, et je me rabattis sur l'honneur et la disproportion d'âge et d'emplois. Il m'interrompit, et me serrant de pins en plus près, il me dit que je voyois avec quelle franchise il me parloit, que c'étoit tout de bon et de tout son cœur qu'il desiroit <?t me demandoit mon amitié, et qu'il me demandoit réponse précise. Je supprime les choses honnêtes dont cela fut accompagné. Je sentis en effet qu'il me parloit fort sérieu- r\ sèment, et que c'étoit un engagement que nous allions prendre ensemble : je pris mon parti, et après un mot de reconnoissance, d'honneur, de désir, je lui dis que, pour lui répondre nettement, il falloit lui avouer que j'avois une amitié qui passeroit toujours devant toute autre, que c'étoit relie qui me lioit intimement à M. de Beauviilier, dont je savoîs qu'il n'étoit pas ami; mais que s'il vouloit encore ; de mon amitié à cette condition, je serois ravi de la lui donner, et comblé d'avoir la sienne. Dans l'instant il m'embrassa, me dit que c'étoit là parler de bonne foi, qu'il m'en estimoit davantage, qu'il n'en desiroit que plus

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