‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 10 sur 344 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

«t le sens des grandes afifaires^ et des plus solides, et des meilleurs conseils. » Louville reviendra maintes fois dans les Jlfëmoires: lui-même il a laissé les siens : vous pouvez les lire si vous en avez le temps; mais, en attendant, on a sur Phomme et sur sa nuance distinctive et neuve les choses dites, les choses essentielles et fines, et comme personne autre n'aurait su nous les dire. — M. de Luxembourg a été un adversaire de Saint- Simon ; il a été sa partie devant le Parlement, après avoir été son général à l'armée ; il a été l'objet de sa première grande colère, de sa première levée de boucliers comme duc et pair. Est-ce à dire que son portrait par Saint-Simon en sera moins vrai de cette vérité qui saisit, et qui, d'ailleurs, se rapporte bien à ce que disent les contemporains, mais en serrant Phomme de plus près qu'ils n'ont fait?

< .... A soixante-sept ans, il s'en croyoit vingt-cinq, et vivoit <îomme un homme qui n'en a pas davantage. Au défaut de bonnes fortunes, dont son âge et sa figure Pexcluoient, il y suppléoit par de Pargent, et Pintimité de son fils et de lui, de M. le prince de Conti et d'Albergotti, portoit presque toute sur des mœurs communes et des parties secrètes qu'ils faisoient ensemble avec des filles. Tout le faix des marches et des ordres de subsistances portoit toutes les campagnes sur Puységur, qui même dégrossissoit les projets. Rien de plus juste que le coup d'œil de M. de Luxembourg, rien de plus brillant, de plus avisé, de plus prévoyant que lui devant les ennemis, ou un jour de bataille, avec une audace, une flatterie, et en même temps un sang- froid qui lui laissoit tout voir et tout prévoir au milieu du plus grand feu et du danger et du succès le plus imminent, et c'étoit là où il étoit grand. Pour le reste la paresse même : peu de promenades sans grande nécessité; du jeu, de la conversation avec ses familiers, et tous les soirs un souper avec un très-petit nombre, presque toujours le même, et si on étoit voisin de quelque ville, on avoit soin que le sexe y fût agréablement mêlé. Alors il étoit ina<;cessible à tout, et s'il arrivoit quelque chose de pressé, c'étoit à Puységur à y donner ordre. Telle étoit à l'armée la vie de ce grand général, et telle encore à Paris, oii la cour et le grand monde occupoient ses journées, et les soirs ses plaisirs. A la fin, l'âge, le tempérament, la conformation le trahirent.... »

Est-ce que vous croyez que M. de Luxembourg ainsi présenté dans son brillant de héros et dans ses vices est calomnié? Bien moins connu, bien moins en vue, vous avez dès les premières pages le vieux Montai, €ce grand vieillard de quatre-vingts ans, qui avoit perdu un œil à la guerre, où il avoit été couvert de

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