‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 106 sur 344 · SIÈGE ET PRISE DE CHARLEROT · texte numérisé non relu

SIÈGE ET PRISE DE CHARLEROT

ne voulut ni voir Praslin ni en entendre parler. Je fis Vimpossible pour le ramener de cette folie ; il la poussa jusqu'à ne vouloir manger ni chez moi ni à ma halte, qu'il ne fût bien assuré que ce dernier n'y seroit pas, quoiqu'il n'oubliât rien pour l'apprivoiser. Non-seulement j'eus tout lieu de me louer de ce nouveau mestre de camp, mais l'amitié et la confiance se mirent entre nous, et n'ont fini qu'avec lui.

Après divers camps de repos, de subsistances, d'observations, l'armée s'approcha de Charleroy; le maréchal de Villeroy, avec une partie de l'armée, en fit le siège, et y ouvrit la tranchée la nuit du 15 au 16 septembre. M. de Luxembourg le couvrit avec l'autre partie de l'armée, de laquelle nous étions, mais assez près pour s'aller promener souvent au siège, et pour que les deux armées se conmiuniquassent sans aucun besoin d'escorte. Le prince d'Orange ne songea pas à donner la moindre inquiétude. Le marquis d'Harcourt, avec son corps un peu renforcé, fut envoyé aux lignes que gardoit la Valette, vers où l'électeur de Bavière avoit marché avec un assez gros corps. Fort peu après, le prince d'Orange quitta l'armée, et s'en alla à Breda, puis chasser à Loo, et de là à la Haye. Charleroy battit la chamade le dimanche matin 11 octobre. On y perdit fort peu de monde, et personne de distinction que le fils aîné de Broglio, qui étoit allé voir le marquis de Grequy à la tranchée. Castille, qui commandoit à Charleroy, s'est fort plaint de n'avoir point été secouru, contre la parole que le prince d'Orange et l'électeur de Bavière lui en avoient donnée. 11 obtint la permission de passer par la France pour aller en Espagne, et ne veut plus serVir sous eux. Boisselot, qui défendit si bravement Limerick en Irlande, eut le gouvernement de Charleroy sur-le-champ.

M. de Noailles prit Rose. Un gros détachement de son armée alla joindre le maréchal Catinat, et la gendarmerie y fut aussi de l'armée du Rhin. Monsieur de Savoie faisoit mine d'assiéger Pignerol, et se contenta de le bombarder, Tessé dedans, de prendre et de faire sauter le fort de

[i693] BATAILLE DE LA MARSAILLE. iOl

Sainte-Brigitte, après quoi il perdit une grande bataille le dimanche 4 octobre, près de Tabbaye de la Marsaglia. Clérembault en apporta la nouvelle. Le combat dura depuis neuf heures du matin jusqu'à quatre heures après midi. On prétend qu'ils y ont perdu dix-sept mille hommes, trente-six pièces de canon, leurs bagages, cinquante étendards ou drapeaux. Les deux armées se cherchoient mutuellement. Au moment que le combat commença, M. Gatinat s'aperçut que le dessein de Monsieur de Savoie étoit tout sur sa gauche. Il y porta la gendarmerie et encore d'autres troupes qui n'y étoient pas attendues, et qui non-seulement soutinrent tout l'efiFort que les ennemis espéroient imprévu, mais qui les renversèrent. Mais ce désordre se rétablit, et cette droite ennemie fit bien mieux que leur gauche, qui fut enfoncée : à la fin la victoire fut si complète, que la retraite des ennemis devint une fuite, et que Monsieur de Savoie fut poursuivi jusqu'à la vue de Turin. M. Gatinat a voit soixante-quinze escadrons et quarante-huit bataillons, et Monsieur de Savoie quatrevingts escadrons et quarante-cinq bataillons. Geux des religionnaires françois y ont combattu en désespérés, et s'y sont presque tous fait tuer.

Gaprara et Louvigny ne vouloient point que Monsieur de Savoie donnât la bataille; mais il s'y est opiniâtre, en fureur d'avoir vu brûler sa belle maison de la Vénerie par Bachevilliers deux jours auparavant. Le Roi l'avoit trèsexpressément ordonné, en représaille des feux que Monsieur de Savoie avoit faits en Dauphiné, et tout nouvellement dans la vallée de Pragelas, sans même pardonner aux églises. Nous y avons perdu la Hoguette, lieutenant général et très-bon, force officiers de gendarmerie, entre autres le chevalier de Druy, major fort au goût du Roi, et quelques brigadiers et colonels. Les ennemis conviennent de la perte de douze mille hommes, dont deux mille prisonniers. Ge qui est resté de troupes espagnoles se retira dans le duché de Milan.

Le Roi envoya Ghamlay concerter avec le maréchal

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