‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 132 sur 344 · Par la légiUmatiott · texte numérisé non relu

Par la légiUmatiott

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croyoit que les pairs seroient plus convenablement invités par lui-même à cette cérémonie que par M. du Maine, qu'ainsi M. du Maine n'iroit pas chez eux, mais qu'il prioit l'archevêque de se trouver au Parlement, et lui ordonnoit d'écrire de sa part une lettre d'invitation à chaque pair. Un fils de M. le Tellier étoit fait pour tenir tout à honneur venant du Roi : il lui répondit dans cet esprit courtisan, et de là s'en fut chez M. du Maine. Ge fut le seul de tous les pairs qui commit cette bassesse ; pas un ne dit un mot au Roi ni à M. du Maine, pas un ne fut chez ce dernier, ni devant ni après la cérémonie. Void la lettre circulaire de l'archevêque aux pairs : « Monsieur [en tête)^ le Roi m'a ordonné de vous avertir que M. le duc du Maine sera reçu au Parlement le 8 de ce mois de mai, en qualité de comte-pair d'Eu, et qu'il prendra sa place au-dessous de Messieurs les princes du sang, et au-dessus de Messieurs les pairs. Sa Majesté vous prie de vous y trouver, et m'a chargé de vous assurer que cela lui fera plaisir et qu'elle vous en saura bon gré. Je suis, etc. »

Les présidents à mortier et les présidents et doyens des conseillers de chaque chambre furent avertis de se trouver chez eux le 5 mai, et à peu près de l'heure, pour recevoir la sollicitation de M. du Maine. Ce jour-là, arrivé de Versailles à l'hôtel de Condé, il y monta dans le carrosse de Monsieur le Duc avec M. le prince de Conti, tous deuï au derrière, et lui au devant avec M. le comte de Toulouse, qui étoit compris dans la même déclaration, comme duc de Damville, mais qui ne fut pas reçu en même temps. Ce carrossse étoit fort chargé de pages et environné de laquais ï pied. Suivoient les carrosses de Monsieur le Duc et prince de Conti, de M. du Maine et de M. le comte de Toulouse, dans lesquels étoient les principaux de leur maison, avec force livrée, chacun un seul carrosse, excepté Monsieur le Duc, qui, outre celui dans lequel il étoit, en avoit un autre rempli des principaux de chez lui. Ils firent ainsi leurs sollicitations deux jours de suite, et allèrent de

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même au Parlement, le jour de Tenregistrement des lettres patentes et de la réception de M. du Maine, mais sans M. le comte de Toulouse. Elle se fit suivant ce qui a été dit plus haut de la déclaration, et au sortir de la cérémonie, ils furent dîner avec les pairs chez le premier président.

Aucun des pairs n'osa manquer à s'y trouver de ceux qui étoient à Paris. Le bonhomme la Force s'enfuit à sa maison de la Boulaye, proche d'Évreux, et le duc de Rohan écrivit au Roi que sa prétention de la première érection de Rohan, pour son grand-père maternel, l'empêchoit d'obéir, en cette occasion, à ses ordres. L'excuse étcTit mal trouvée : c'étoit pour la première fois qu'il manifestoit cette bizarre prétention ; il n'en a jamais parlé depuis, et il étoit un des plus ardents opposants, avec nous, à celle de M. de Luxembourg. MM. d'Elbœuf et de Vendôme n'étoient pas reçus, ni moi non plus. Dieu merci. M. de Chevreuse fut celui à qui le Roi fit son remerciement pour tous les pairs, de s'être trouvés à la cérémonie, pour lesquels il lui fit force belles promesses générales, monnoie dont aucun ne se paya ni n'espéra rien de mieux avec trop de raison.

M. de Vendôme fut tôt après reçu, avec les mêmes distinctions que l'avoit été M. du Maine, qui le mena sans cortège faire ses sollicitations à tout le Parlement, mais sans avertir. Ils furent chez tous les pairs ; le Roi ne leur fit rien dire ; trois ou quatre misérables seulement se trouvèrent à cette réception. Un moment avant celle de M. du Maine, il y eut une petite vivacité de M. de la Trémoille, qui, impatienté de l'applaudissement que Monsieur de Reims donnoit à cette étrange nouveauté, lui dit qu'il ne doutoit pas de son approbation, parce qu'il ne se soucioit guère du rang des archevêques de Reims, mais que pour lui, il pensoit tout autrement, et qu'il étoit fort sensible à celui des ducs de la Trémoille. L'archevêque demeura muet, et le Roi n'en fit pas semblant à M. de la Trémoille, et ne l'en traita pas moins bien. .

[1694] SITUATION DES OPPOSANTS. i69

Peu de jours après cette réception, Tambassadeur de Venise, avec la république duquel cela avoit été négocié, fit, à Versailles, sa visite à MM. du Maine et de Toulouse, conduit par Tintroducteur des ambassadeurs en cérémonie, et en usa, pour le premier exemple, comme avec les princes du sang. Cette parité, que le Roi avoit fort à cœur, fut exprès différée après la réception de M. du Maine au Parlement, pour ne pas donner trop d'éveil auparavant aux princes du sang, à qui cette visite ne pouvoit pas être agréable. Cet exemple eut peine à être buivi par les autres ambassadeurs ; mais avec le temps et des négociations, il le fut à la fin, excepté des nonces.

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