HORS DU ROYAUME
ment, après quoi elle avoit reçu défense de venir à la cour par M. de Seignelay. Monseigneur le souffrit respectueusement, et se servit du marquis de Crequy pour continuer secrètement cette intrigue ; mais il arriva que le marquis et M"* du Roure se trouvèrent au gré Tun de l'autre. Monseigneur le sut : ils se brouillèrent avec éclat; les présents furent rendus de part et d'autre, chose rare pour un Dauphin, et le marquis de Crequy fut chassé hors du royaume, où il passa quelque temps.
Cet hiver-ci le feu mal éteint se ralluma : M"** du Roure ne put voir Monseigneur à Versailles si secrètement que le Roi n'en fût averti. Il en parla à Monseigneur, et il n'y gagna rien. Ce prince ne fit point ses pâques, dont le Roi fut fort fâché, tellement qu'il chassa la dame en Normandie, dans les terres de son père, jusqu'à nouvel ordre. Monseigneur n'y sut faire autre chose que lui envoyer mille louis par Joyeu , son premier valet de chambre , et faire après ses dévotions. Le Roi avait envie qu'il allât en Allemagne, mais il préféra la Flandre, par une intrigue qui se développa pendant la campagne, et le Roi y consentit. Il choisit le bonhomme la FeuiUée, lieutenant général très-distingué, de près de quatre-vingts ans, pour être son conseil à l'armée, et ne rien faire sans son avis. Cela ne devoit pas être bien agréable à M. de Luxembourg; mais le Roi vouloit un mentor particulier à son fils. Il se souvint peut-être de ce qui s'étoit passé l'année précédente à Heilbronn, et il lui en voulut donner un dont il n'eût pas les mêmes inconvénients à craindre.
La FeuiUée eut la distinction de ne prendre point jour à l'armée, et d'y être pourtant reconnu et traité comme lieutenant général, toujours logé de préférence chez Monseigneur, ou le plus près de lui, avec défense expresse du Roi de faire les marches autrement qu'en carrosse, et de monter à cheval qu'auprès de Monseigneur, devant les ennemis. C'étoit un très-honnête gentilhomme, doux, sage, valeureux, excellent officier général, et qui méritoit toute cette confiance. M. de Chaulnes alla en son gouvernement
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de Bretagne ; le duc d'Aumont, bien qu'en année de premier gentilhomme de la chambre, à Boulogne ; le marécha/ d'Estrées au pays d'Aunis, Saintonge et Poitou; et U maréchal de Tourville commanda Tarmée navale, le comte d'Estrées une moindre, et à ses ordres en cas de jonction, dont Tourville demeura le maître.
J'allai voir à Soissons mon régiment assemblé. Je Tavois dit au Roi, qui me parla longtemps dans son cabinet, et me recommanda la sévérité, ce qui fut cause que j'en eus dans cette revue plus que je n'aurois fait sans cela. J*avois été voir les maréchaux de Lorges et de Joyeuse, qui étoient revenus chez moi. J'étois bien avec le second , la probité de l'autre me plaisoit, de sorte que je me trouvai aussi content d'aller en cette armée que je me serois trouvé affligé de servir en Flandres. Je partis enfin pour Strasbourg, où je fus surpris de la magnificence de cette ville et du nombre, de la grandeur et de la beauté de ses fortifications.
J'eus le plaisir d'y revoir un de mes anciens amis : c'étoit le P. Wolf, que j'envoyai d'avance quêter en cinq ou six maisons de jésuites là autour, et qu'on trouva à Haguenau, où il étoit recteur. Il avoit été compagnon du P. Âdelman, confesseur de Madame la Dauphine, et comme dès ma jeunesse je savois et parlois parfaitement l'allemand , on prenoit soin de me procurer des connoissances allemandes^ et ces deux-là m'avoient fort plu. A la mort de Madame la Dauphine on les envoya en Alsace, mais on leur défendit d'aller plus loin. Le P.Adelmanne se put tenir d'aller revoir sa patrie. Gela fut trouvé si mauvais, que pour conserver sa pension du Roi, il fut obligé de s'en aller à Nimes, et de se confiner en Languedoc, où il mourut. Le P. Wolf, plus sage, s'étoit tenu en Alsace, et y demeura toujours.
Nous fîmes quelques repas à la mode du pays dans la belle maison de M. Rosen, avec qui j'avois fait amitié, la campagne précédente, en Flandres, où il servoit do lieutenant général et étoit mestre de camp général de la cavalerie, et qui, très-obligeamment, me la prêta depuis