CHAPITRE XII
Bataille du Ter en Catalogne. — Palamos, Girone, Gastel-FoUit pris. f— M. de Noailles fait vice-roi de Catalogne. -^ Bombardements aux côtes ; Dieppe brûlé. — Belle et diligente marche de Monseigneur et de M. de Luxembourg du camp de Vignamont. ~ Préférence de Fayis de l'intendant à celui du général, qui coûte une irruption des ennemis en Alsace. — Les ennemis retirés au delà du Rhin. — Procédé entre les maréchaux de Lorges et de JoyeusCi raccommodé par les marquis d'Huxelles et de Vaubecourt. — Maréchal d'Humières, âa fortune et sa famille; sa mort. — Maréchal de Boufflers, gouverneur de Flandres et Lille ; maréchal de Lorges, gouverneur de Lorraine ; duc du Maine, grand maître de Tartillerie ; duc de Vendôme, général des galères.
M. de Noailles fit passer le Ter à son armée , le 28 mai, 7^ devant le marquis de Villena, ou duc d'Escalone (car c'est ; le même) , vice-roi de Catalogne , et le défit : quinze cents prisonniers, tout le canon et le bagage, et les ennemis en fuite et poursuivis. Ils y ont perdu cinq cents hommes , M. de Noailles trois cents. Le vieux Chazeron, chevalier de Tordre et premier lieutenant général de cette armée, eut tout rhonneur du passage et du combat. M. de Noailles ne passa le Ter que pendant la déroute des ennemis ; au moins c'est ce qui se débita, et qui a été cru. Nous y avons eu peu d'ofiiciers principaux blessés, et gagné force dra« peaux. Le commandant de la cavalerie espagnole, un
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[1694] BELLE MARCHE DE MONSEIGNEUR. i89
la place fut emportée avec beaucoup de carnage. Ostalric tomba aussi entre les mains de M. de Noailles, et termina cette heureuse campagne.
L'amiral Russel avoit mouillé, avec force vaisseaux, à Barcelone, où le marquis de Villena s'étoit retiré avec le débris de son armée, et nos forces navales n'étoientpas bastantes^ contre celles de Russel. Celles des ennemis avoient visité nos côtes tout Tété, bombardé ce qu'elles avoient pu, et brûlé presque toute la ville de Dieppe. Le chevalier de Lorraine, qui étoit à Forges, y courut avec quelques preneurs d'eaux, et y aida de son mieux le maréchal de Choiseul et M. de Beuvron. Le Roi écrivit au chevalier de Lorraine pour le remercier du zèle qu'il avoit témoigné.
Il ne se passa rien en Italie, et tout s'y termina au blocus de Casai. MM. de Vendôme passèrent presque toute la campagne en Provence, où le maréchal Catlnat les avoit détachés avec quelques troupes.
En Flandres, on ne fit que s'observer et subsister. Il s'en passa une grande partie au camp de Vignamont, où à la fin les fourrages devinrent éloignés et difficiles. Le prince d'Orange fut obligé d'en aller chercher le premier, et prit son temps de décamper le 17, que presque toute l'armée de Monseigneur étoit au fourrage. Néanmoins, le soir même, sa gauche marcha avec les maréchaux de Villeroy et de Boufflers, lequel avoit joint depuis deux Jours, et le lendemain 18, Monseigneur et M. de Luxembourg suivirent avec le reste de l'armée. Les ennemis avoient deux marches d'avance, et Monseigneur la Sambre et force ruisseaux et défilés à passer, et avoit à gagner le camp d'Espierres avant qu'ils s'en fussent saisis. Son armée marcha en plu« sieurs corps séparés. L^infanterie fut soulagée par un grand nombre de charriots qu'on fit trouver, et la Sambre convoya l'artillerie et les vivres tant qu'on s'en put aider. La marche se fit avec un grand ordre, et une telle diligence, le maréchal de Villeroy toujours en avant, que Monseigneur
' t. Suffisantes.