‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 153 sur 344 · MARÉCHAL D^HUMIÈRES · texte numérisé non relu

MARÉCHAL D^HUMIÈRES

dence de lui demander sMl vouloit qu'il Fescortât, et s'attira la réponse qu'il méritoit, sur quoi les dragons se mirent à faire des excuses à la Bretesche, et à rejeter cette infamie sur leurs officiers, qui les avoient emmenés malgré eux. De notre camp àÉberbourgiln'y avoit que trois lieues. La Bretesche, qui étoit fort aimé et estimé, fut fort visité de toute l'armée ; j'y fus des premiers. 11 en fut quitte pour y demeurer dix ou douze jours. 11 eut la générosité de demander grâce pour ces dragons, et le maréchal de Lorges, naturellement bon et doux, la facilité de la lui accorder. 11 ne faut pas ôter à Marsal, capitaine des guides, l'honneur qui lui est dû : il avoit suivi la Bretesche* ne le quitta jamais d'un pas, et fît très-bien son devoir. Il eut depuis une commission de capitaine d'infanterie, et il entendoit fort bien son métier. Il avoit commencé, disoit-on, par être maître de la poste d'Hombourg, d'où la Bretesche étoit gouverneur et d'où il l'avoit tiré.

Ce fut dans le loisir de ce long camp de Gaw-Bôcklheim que je commençai ces Méinoires, par le plaisir que je pris à la lecture de ceux du maréchal de Bassompierre, qui m'invita à écrire aussi ce que je verrois arriver de mon temps.

Nous trouvâmes à notre retour le maréchal d'Humières mort. G'étoit un homme qui avoit tous les talents de la cour et du grand monde et toutes les manières d'un fort grand seigneur ; avec cela homme d'honneur, quoique fort liant avec les ministres et très-bon courtisan, ami particulier de M. de Louvois, qui contribua extrêmement à sa fortune, qui ne le fit pas attendre ; il étoit brave, et se montra meilleur en second qu'en premier; il étoit magnifique en tout, bien avec le Roi, qui le distinguoit fort et étoit familier avec lui. On peut dire que sa présence ornoit la cour el tous les lieux où il se trouvoit. 11 avoit toujours sa maison pleine de tout ce qu'il y avoit de plus grand et de meilleur. Les princes du sang n'en bougeoient, et il ne se contrai* gnoit en rien pour eux ni pour personne ; mais avec un air de liberté, de politesse, de discernement, qui lui étoit

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naturel, et qui séparoit toute idée d'orgueil d'avec la dignité et la liberté d'un homme qui ne veut ni se contraindre ni contraindre les autres. Il avoit les plus plaisantes colères du monde, surtout en jouant, et avec cela le meilleur homme du monde, et que tout le monde aimoit.

Il avoit le gouvernement général de Flandres et de Lille, où il tenoit comme une cour, et avoit fait un beau lieu de Mouchy, à deuxlieuesde Gompiègne, dont il étoit capitaine. Le Roi Favoit souvent aidé à accommoder Mouchy, et y avoit été plusieurs fois. M. de Louvois, qui à la mort du duc du Lude voulut rogner l'office de grand maître de l'artillerie en faveur de sa charge de secrétaire d'État, fit faire le maréchal d'Humières grand maître en son absence, comme il revenoit d'Angleterre complimenter, de la part du Roi, le roi Jacques II sur son avènement à la couronne. Ce ministre contribua beaucoup à le faire faire duc vérifié, et à lui faire accorder la grâce très-singulière de faire appeler dans ses lettres celui qui avec l'agrément du Roi épouseroit sa dernière fille, belle comme le jour, et qu'il aimoit passionnément. Il avoit perdu son fils unique sans alliance au siège de Luxembourg. Il avoit marié sa fille aînée au prince d'Isenghien, en obtenant un tabouret de grâce, et la seconde à Vassé, vidame du Mans, qui s'étoit remariée à Surville, cadet d'Hautefort, dont elle avoit été longtemps sans voir son père.

Le maréchal mourut assez brusquement, à Versailles. Il regretta amèrement de n'avoir jamais pensé à son salut ni à sa santé, il pouvoit ajouter à ses affaires, et mourut pourtant fort chrétiennement, et fut généralement regretté. On put remarquer qu'il fut assisté à la mort par trois antagonistes, Monsieur de Meaux et l'abbé de Fénelon, qui écrivirent bientôt après l'un contre l'autre , et le P. Gaffaro, théatin, son confesseur, qui s'étant avisé d'écrire un livre en faveur de la comédie, pour la prouver innocente et permise, fut puissamment réfuté par Monsieur de Meaux.

Le maréchal de Boufflers eut le gouvernement de Lille

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