‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 156 sur 344 · ET DES PRINCESSES · texte numérisé non relu

ET DES PRINCESSES

le leur avoit ordonné, dont elles furent fort piquées. La princesse de Gonti pourtant s'y soumit de bonne grâce; mais Madame la Duchesse, comme sœur d'un même amour, se mit à appeler M"* de Chartres mignonne; or rien n'étoit moins mignon que son visage , que sa taille , que toute sa personne. Elle n'osa le trouver mauvais; mais quand, à la fin. Monsieur le sut, il en sentit le ridicule, et l'échappatoire de l'appeler Madame, et il éclata. Le Roi défendit très-sévèrement à Madame la Duchesse cette familiarité, qui en fut encore plus piquée, mais elle fit en sorte qu'il n'y parût pas.

A un voyage de Trianon, ces princesses, qui y cou choient, et qui étoient jeunes, se mirent à se promener ensemble les nuits, et à se divertir la nuit à quelques pétarades. Soit malice des deux aînées, soit imprudence, elles en tirèrent une nuit sous les fenêtres de Monsieur, qui l'éveillèrent, et qui le trouva fort mauvais ; il en porta ses plaintes au Roi, qui lui fit force excuses, gronda fort les princesses , et eut grand'peine à l'apaiser. Sa colère fut surtout domestique : M"' la duchesse de Chartres s'en sentit longtemps, et je ne sais si les deux autres en furent fort fâchées. On accusa même Madame la Duchesse de quelques chansons sur M"* de Chartres. Enfin tout fut replâtré, et Monsieur pardonna tout à fait à M"* de Chartres, par une visite qu'il reçut à Saint-Cloud de M"* de Montespan, qu'il avoit toujours fort aimée, qui raccommoda aussi ses deux filles, et

î avoit conservé de l'autorité sur elles, et en recevoit de

j grands devoirs.

M"* la princesse de Conti eut une autre aventure, qui fit grand bruit et qui eut de grandes suites. La comtesse de Bury avoit été mise auprès d'elle pour être sa dame d'honneur à son mariage. C'étoit une femme d'une grande vertu, d'une grande douceur et d'une grande poUtesse, avec de l'esprit et de la conduite. Elle étoit Eurre d'Aiguebonne, et veuve sans enfants, en 1666, d'un cadet de Rostaing, frère de la vieille Lavardin, mère du chevalier de l'ordre, ambassadeur à Rome. M"' de Bury avoit fait venir de Dauphiné

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