‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 179 sur 344 · FAMILLE DU MARÉCHAL DE LORGES · texte numérisé non relu

FAMILLE DU MARÉCHAL DE LORGES

pour les siens, qui avoit en elle une confiance entière, et vivoit avec elle et avec tous ses parents avec une amitié et une considération qui lui faisoît honneur. Ils n'avoient qu*un fils unique, qu'ils aimoient éperdument et qui n'avoit que douze ans, et cinq filles. Les deux aînées, qui avoient passé leur première vie aux bénédictines de Gonflans, dont la sœur de M** Frémont étoit prieure, étoient depuis deux ou trois ans élevées chez M"* Frémont, mère de la maréchale de Lorges, dont les maisons étoient contiguës et communiquées. L*aînée avoit dix-sept ans, Tautre quinze; leur grand'mère ne les perdoit jamais de vue : c'étojt une fenmie de grand sens, d'une vertu parfaite, qui avoit été fort belle et en avoit des restes, d'une grande piété, pleine de bonnes œuvres, et d'une application singulière à l'éducation de ses deux petites filles. Son mari, depuis longtemps accablé de paralysie et d'autres maux, conservoit toute sa tête et son bon esprit, et gouvernoit toutes ses affaires. Le maréchal vivoit avec eux avec toute sorte d'amitié et de devoirs ; eux aussi le respectoient et l'aimoient tendrement.

Leur préférence secrète à tous trois étoit pour M"* de Lorges; celle de la maréchale étoit pour M"* de Quintin, qui étoit la cadette ; et il n'avoit pas tenu à ses désirs, à ses soins, et à quelque chose déplus, que l'aînée n'eût pris le parti du couvent, pour mieux marier sa favorite. Celle-ci étoit une brune, avec de beaux yeux; l'autre, blonde, avec un teint et une taille parfaite, un visage fort aimable, l'air extrêmement noble et modeste, et je ne sais quoi de majestueux par un air de vertu et de douceur naturelle; c'étoit aussi celle que j'aimai le mieux, dès que je les vis l'une et l'autre, sans aucune comparaison, et avec qui j'espérai le bonheur de ma vie, qui depuis Ta fait uniquement et tout entier. Comme elle est devenue ma femme, je m'abstiendrai ici d'en dire davantage, sinon qu'elle a tenu infiniment au delà de ce qu'on m'en avoit promis par tout ce qui m'étoit revenu d'elle et de tout ce que j'en avois moi-même espéré.

Nous étions, ma mère et moi, informés de tous ces détails par une M"« Damon, femme du frère de M"* Frô-

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