MALADIB DU MARÉCHAL DE LORGES
i;nie. II se fixa pour toujours & la cour, où il fut en pleine faveur, et y gagna beaucoup plus qu'il n'eût pu espérer de la guerre, au grand dépit de Barbezieux, qui eut à compter avec M. de Vendôme, lequel, secouru de M. du Maine, ne le laissa pas broncher à son égard.
Tout le monde partit pour les armées. Celle du Rhin ne tarda pas à le passer; mais à peine éti.ons-nous sur le prince Louis de Baden et en état d'entreprendre, que M. le ' maréchal de Lorges tomba extrêmement malade, le lundi 20 juin, au camp d'Unter-Neisheim, sa droite appuyée à Bruchsall et les ennemis retranchés à Eppingen. On manquoit de fourrage, parce que ce n'étoit pas un lieu à demeurer et qu'il n'y en avoit guère dans le voisinage. L'armée, qui toujours en est si avide, pensa moins à elle qu'à son général. Tous les majors de brigade eurent ordre de demander instamment que l'on ne décampât point, et jamais armée ne montra tant d'intérêt à la vie de son chef, ni d'amour pour sa personne. Il fut à la dernière extrémité, tellement que, les médecins qu'on avoit fait venir de Strasbourg désespérant entièrement de lui, je pris sur moi de lui faire prendre des gouttes d'Angleterre; on lui en donna cent trente en trois prises : celles qu'on mit dans du bouillon n'eurent aucun effet, les autres dans du vin d'Espagne réussirent. Il est surprenant qu'un remède aussi spiritueux, et qui n'a rien de purgatif, ait mis ceux qui avoient été donnés en si grand mouvement, et qui, depuis plus de vingt-quatre heures qu'on les donnoit, n'avoient eu aucun effet. L'opération fut douce, mais prodigieuse par bas. La connoissance revint, et peu à peu le pourpre parut partout. Cette éruption fut son salut, mais non la fin de la maladie.
Cependant l'armée souffroit beaucoup; le maréchal de Joyeuse, qui en avoit pris le commandement, nous exposa son état, à moi et aux neveux de M. le maréchal de Lorges. Il nous dit que, quoi qu'il pût arriver, il ne prendroit aucun parti que de notre consentement, et en usa en homme de sa naissance, avec toutes sortes do soins et d'égards.
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L'armée, informée qu'il s'agissoit de prendre un parti, déclara par la bouche de tous ses officiers, qui nuit et jour assiégeoient la maison du malade, qu'il n'y avoit point d'extrémité qu'elle ne préférât au moindre danger de son chef, et ne voulut jamais qu'on fit le moindre mouvement.
Le prince Louis de Baden offrit par des trompettes toutes sortes de secours, de médecins et de remèdes, et sa parole de toute la sûreté et de tous les soulagements de vivres et de fourrages pour le général, pour ce qui demeureroit auprès de lui, et pour l'escorte qui lui seroit laissée si l'armée s'éloignoit de lui, avec l'entière sûreté pour la rejoindre ou aller partout où il voudroit, avec tous ces accompagnements, sitôt qu'il le voudroit. Il fut remercié comme il le méritoit de ces offres si honnêtes, dont on ne voulut point profiter.
Peu à peu la santé se fit entièrement espérer, et l'armée d'elle-même en fit éclater sa joie par des feux de joie à la tète de tous les camps, des tables qui y furent établies, et des salves qu'on ne put jamais empêcher. On ne vit jamais un témoignage d'amour si universel ni si flatteur. Cependant M*^ la maréchale de Lorges étoit arrivée à Strasbourg, puis à Landau, dans une chaise de M. de Barbezieux, des gens à lui outre les siens, pour la conduire plus diligemment, et la Cour, capitaine des gardes de M. le maréchal de Lorges, qui avoit été dépêché sur son extrémité. Le Roi l'avoit entretenu près d'une heure, à Marly, sur l'état , de son général et de l'armée, avoit lui-même consulté Fagon, son premier médecin, et avoit paru extrêmement sensible à ce grand accident. Toute la cour en fut infiniment touchée : il n'y étoit pas moins aimé et honoré que dans les troupes. Enfin, dès qu'il fut possible de transporter AL le maréchal de Lorges à Philisbourg, M** la maréchale de Lorges y vint de Landau l'attendre : on peut juger de la Joie avec laquelle ils se revirent. J'avoîs été au-devant d'elle Jusqu'à Landau. Toute la fleur de Tannée avoit accompagné son général à Philisbourg, et la plupart des officiers généraux. Le lendemain, M. le Maréchal de Loi^es, entre deux draps»