‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 211 sur 344 · PRINCE DE CONTI GAGNE SON PROCÈS · texte numérisé non relu

PRINCE DE CONTI GAGNE SON PROCÈS

M. le prince de Gonti gagna tout d'une voix son procès contre M"* de Nemours, à l'audience de la grande chambre, c'est-à-dire la permission de prouver que M. de Longueville étoit en état de tester lorsqu'il fit son testament en sa faveur, à quoi lui servit beaucoup son ordination postérieure à l'ordre de prêtrise par les mains du Pape; et ce jugement préliminaire emportoit le fond, supposé les preuves. J'étois dans la lanterne, avec M. le prince de Conti, Monsieur le Duc et M. de la Rocheguyon, assis sur le banc, et devant nous le peu des premiers officiers de ces princes qui y purent tenir. Toute la France en hommes remplissoit la grande chambre. Le plaidoyer, déjà commencé en une autre audience, remplit celle-ci. Il fut très-éloquent, et tout de suite suivi du jugement. Jamais on n'ouït de tels cris de joie, ni tant d'applaudissement : la grande salle étoit pleine de monde qui retentissoit ; à peine pûmes-nous passer. M, le prince de Gonti se contint fort, mais il parut fort sensible et à la chose et à la part générale qu*on prenoit pour lui. On ne laissa pas dans le monde d'appeler un peu de ce jur gement, sans se soucier pourtant de M"* de Nemours, à qui le choix de son héritier ne laissa pas de faire grand tort. La colère qu'elle conçut de cette décision est inconcevable, et tout ce qu'elle dit de plaisant et de salé contre sa partie et contre ses juges. Ge ne fut encore que le conmiencement de leurs combats.

Get hiver fut fertile en mariages. Barbezieux les commença : il épousa la fille aînée de d'Âlègre, qui fit à cette occasion une fête aussi somptueuse que pour l'alliance d'un prince du sang. Il étoit maréchal de camp, il en espéroit sa fortune, il eut tout le temps de s'en repentir.

Gelui de M. de Luxembourg fut fort avancé avec M"* de Seignelay. G'étoit une grande femme, très-bien faite, avec une grande mine et de grands restes de beauté. Sa hauteur excessive avoit été soutenue par celle de son mari, par son opulence, sa magnificence, son autorité dans le conseil et dans sa place , dont il avoit bizarrement tenté de se faire un degré à devenir maréchal de France; mais

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devenue veuve elle brûloit d'un rang et d*un autre nom, quoiqu'elle eût plusieurs enfants. Le rare fut que M. de Chevreuse, qui avoit marié sa fille à M. de Luxembourg, qui en étoit veuf sans enfants, et Gavoye, le plus grand favori de M. de Seignelay, furent les entremetteurs de affaire, que M. de Luxembourg rompit fort malhonnêtement parce qu'il la voulut rompre, les habits achetés et tous les compliments reçus. Il eut lieu de s'en repentir. Tous deux ne tardèrent pas à trouver ailleurs. M. de Luxembourg épousa M"* de Clérembault, riche et unique héritière, et fort jolie, mais. dont la naissance étoit légère : son nom étoit GiUier ; elle étoit fille de Clérembault, qui, étant dans les basses charges chez Monsieur, donna dans l'œil de la comtesse du Plessis, dame d'honneur de Madame, en survivance de la maréchale du Plessis, sa belle-mère, et veuve du comte du Plessis, premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, en survivance du maréchal du Plessis, son père, qui avoit été gouverneur de Monsieur. Le comte du Plessis fut tué devant Arnheim, en Hollande, en 1672, à trente-h» t ans, trois ans avant la mort de son père, et laissa un fils unique, qui devint duc et pair par la mort du maréchal son grand-père, et qui fut tué sans alliance devant Luxembourg, en 4684, ce qui fit duc et pair le chevalier du Plessis, son oncle, qui prit le nom de duc de Choiseul. Nous avons vu plus haut l'étrange raison qui l'empêcha d'être maréchal de France. La comtesse du Plessis s'appeloit le Loup, et étoit fille de Bellenave et riche. Amoureuse de Clérembault, elle l'épousa, et, pour le rapprocher un peu d'elle, eut le crédit de le faire premier écuyer de Madame. L'un et l'autre la quittèrent, et vécurent dans une grande avarice et fort dans le néant. Ils voulurent garder leur fille, et M. de Lui^embourg se mit chez eux,

M"** de Seignelay, outrée de ce qui venoit de lui arriver, trouva un mari qui lui donnoit un rang, et de meilleure maison que M. de Luxembourg. Aussi ne le manquât-elle pas; et les Matignons, ses oncles, se cotisèrent pour Saint-Soion I. 19

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brusquer cette affaire. Ce fut avec M. de Marsan, frère de Monsieur le Grand. Gavoye, si intime de feu M. de Seignelay et de feu M. de Luxembourg, piqué du procédé avec M"* de Seignelay, en fit la noce chez lui à Paris, où il y eut fort peu de monde.

M. de Duras fit un grand mariage pour sa seconde fille. L'aînée avoit épousé, il y avoit quelques années, le duc de la Meilleraye, fils unique du duc Mazarin, mais qui n'avoit que des richesses avec sa dignité. Il trouva pour Tautre, avec les grands biens, tout ce qu'il pouvoit désirer d'ailleurs : ce fut le jeune duc de Lesdiguières, ardemment désiré des plus grands partis, parce qu'il étoit luimême le plus grand parti de France. Sa mère, héritière des Gondi, étoit une fée solitaire qui ne laissoit entrer presque personne dans son palais enchanté, et que la maréchale de Duras sut pourtant pénétrer. Tout convenu dans un grand secret avec elle, qui étoit aussi la tutrice, il fut question des parents : le maréchal de Villeroy et Monsieur le Grand, qui étoient les plus proches du côté paternel, et la maréchale de Villeroy du maternel, firent grand bruit. Le maréchal et le père du jeune duc étoient enfants du frère et de la sœur, et la duchesse de Lesdiguières et la maréchale étoient filles aussi du frère et de la sœur. M"*' d'Armagnac étoit sœur du maréchal; lui et Monsieur le Grand étoient intimes. Il ménageoit depuis longtemps M"* de Lesdiguières, qui se servoit de son crédit à son gré. Plusieurs partis avoient manqué à M"' d'Armagnac : ils vouloient celui-ci, bien que plus jeune qu'elle, et c'est ce qui les mit en si grand émoi. Pendant ce vacarme, tout fut signé, et par M. de la Trémoille, tuteur paternel, gendre du feu duc de Crequy, ami des maréchaux de Duras et de Lorges, et fils de leur cousin germain. Cela û\ taire tout à coup les autres, et le mariage se fit à petit bruit à l'hôtel de Duras, parce que M"* de Lesdiguières ne voulut point de monde, encore moins les parents de mauvaise humeur. Il n'en coûta que cent mille écus de dot à M de Duras: encore en retint-il onze mille livres de

rente pour loger et nourrir sa fitte et $on |f^^nclre. Il nvoil marié Fainée à aussi bon marché. La mari<^ ^toU grande, bien faite, belK arec le plus grand air du monde, et d*ailleurs très-aimaUe, et Fige convenoit euti^ lement.

Il s>n fit un autre, d^Age bien disproporiionm^ du duo d^Uzès, qui avoit dix-huit ans, et de la fille unique du prince de Monaco, sœur du duc de Valentinois^ gondrt> do Monsieur le Grand : elle avoit trenh>-qualrt* ou trente-cinq ans, et les paroissoit. Elle étoit riche. Sa mère Moit »a>ur du duc de Gramont. 11 étoit lors dans les horreurs de la taille. M. de Valentinois n'avoit ni feu ni lieu que chos son beau-père, et il n'avoit pas lieu d'être bien avec sa femme ni avec les siens; M. de Monaco étoit à Monaco. La noce se fit donc chez la duchesse du Lude, veuve on premièreu noces de ce galant comte de Guiche, fWiro atné du duc de Gramont, et elle étoit toujours demeurée fort unie aveo eux tous. M"* de Monaco avoit le tabouret, parce qu'au mariage de M. de Valentinois, en 1688, Monsieur le Grand avoit obtenu le rang de prince étranger pour M. de Mo« naco et pour ses enfants, à quoi ils n*avoiont jamais osé songer jusque-là. La mère de M. de Monaco vint à Paris, pour le faire tenir sur les fonts do baptômo par lo Hoi et par la Reine sa mère. Son mari étoit mort sans que son père, qui vivoit encore, se fût démis. Ello s'appoloit la princesse de Mourgues. G'étoit M. d'Ângoulômo qui, étant dans son gouvernement de Provence, avoit fait avoc ce même beau-père le traité de se donner à la France. Go fut donc à la duchesse d'Ângoulômo, sa vouvo, qu^elle s'adressa pour la présenter et la mener à la cour. Ello y fut debout, sans prétention ni équivoque; et après un court séjour, elle s*en retourna avec son fils, comblée des bontés du Roi et de la Reine. M"* d'Angoulôme, chez qui ma mère a logé longtemps fille, et y a été mariée, le lui a conté cent fois; et c'est le père de ce prince de Monaco du traité qui le premier s'est fait appeler et intituler prince de Monaco : le père de celui-là et tous ses devanciers ne

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