‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 245 sur 344 · DIFFÉRENCE DES PRINCIPAUX DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCE DES PRINCIPAUX DOMESTIQUES

fants naturels cet avantage sur eux, de faire manger, entrer dans les caresses, aller à Marly, et sans demander, leurs principaux domestiques, sans que Monsieur le Duc, quoique gendre du Roi, eût pu y atteindre pour les siens. 11 arriva, depuis son mariage, que Monseigneur revenant de courre le loup, qui l'avoit mené fort loin, manqua son carrosse, et s'en revenoit avec Sainte-Maure et d'Urfé. En chemin il trouva un carrosse de Monsieur le Duc, dans lequel étoit SaintraiDes, qui étoit à lui, et le ciievaKer de Sillery, qui étoit à M. le prince de Gonti, et frère de Puysieux qui fut depuis chevalier de Tordre. Ils s'étoient mis dans ce carrosse, qu'ils avoient rencontré, et y attendoient si Monsieur le Duc ou M. le prince de Conti ne viendroient point. Monseigneur monta dans ce carrosse pour achever la retraite, qui étoit encore longue jusqu'à Versailles, y fît monter avec lui Sainte-Maure et d*Urfé, laissa Saintrailles et Sillery à terre, quoiqu'il y eût place de reste encore pour eux, et ne leur offrit point de monter. Cela ne laissa pas de faire quelque peine à Monseigneur, par bonté ; et le soir, pour sonder ce que le Roi penseroit, il lui conta son aventure, et ajouta qu'il n'avoit osé faire monter ces Messieurs avec lui. « Je le crois bien, lui répondit le Roi en prenant un ton élevé, un carrosse où vous êtes devient le vôtre, et ce n'est pas à des dômes* tiques de princes du sang à y entrer. » M"* de Langeron en a été un exemple singulier. Elle fut d'abord à Madame la Princesse, et tant qu'elle y fut, elle n'entra point dans les carrosses ni ne mangea à table. Elle passa à M"* de Guise, petite-fille de France , et de ce moment elle mangea avee le Roi, Madame la Dauphine et Madame, car la Reine étoit morte, avec qui elle auroit mangé aussi» et entra dans les carrosses sans aucune difficulté. La même M** de Langeron quitta M"* de Guise et rentra à Madame > Princesse, et dès lors il ne fut plus question pour elle de plus entrer dans les carrosses ni de manger. Cette exclusion, dura le reste de sa longue vie, et elle est morte ches Madame It Princesse.

[1696] MARQUISE DU CHiTELET IkAHB DO PALAIS. 35i

La marqaise du Ghâtelet étoit fille du feu maréchal de BeDefonds, et, comme M"* de Nogaret, ayoit été fille de Madame la Dauphine. Elle avoit épousé le marquis du Ghâtelet, c'est-à-dire un seigneur de la première qualité, de Fancienne cheralerie de Lorraine. Cette maison prétend être de la maison de Lorraine, et l'antiquité de Tune et de Fautre 6te les preuves du pour et du contre, ^e y a en toujours les emplois les {dus distingués, et porte les armes pleines de Lorraine, avec trois fleurs de lis émargent sur la bande, au lieu des trois alérions de Lorraine, et depuis quelque temps ont pris le manteau ducal, de ces manteaux qui ne donnent rien, et que M. le prince de Gonti appeloit plaisamment des robes de chambre. De rang ni d'honneurs ils n'en ont jamais eu ni prétendu. M. du Ghâtelet étoit un homme de fort peu d'esprit et difficile, mais plein d'honneur, de bonté, de valeur, avec très-peu de bien et de santé, et fort bon officier et distingué. Sa femme étoit la vertu même et la piété même, dans tous les temps de sa vie, bonne, douce, gaie, sans jamais ni contraindre ni trouver à redire à rien, aimée et désirée partout Elle vivoit retirée avec son mari et sa mèreàVincennes, dont le petit Bellefonds, son neveu, étoit gouverneur. Ils venoient peu à la cour, n'avoient pas de quoi être à Paris, et cependant M. du Ghâtelet vivoit fort noUement àTarmée. Ils ne pensoient à rien moins. Le Roi avoit toujours aimé le maréchal de Bellefonds, et l'avoit poortaDt laissée peu près mourir de faim. Sa considération, quoique mort, la vertu et la douceur de sa fille la firent dauM du pafads dans Vincennes, où elle n'y avoit seulement pas songé, et ce choix fut fort applaudi.

M"* de MoDtgon n'y pensoit pas davantage, et se trouvent alors chez son mari en Auvergne, et lui à l'armée ; nuûs elle avoit une mère qui y songeoit pour elle, et qui ne bougeoit de la cour et d'avec M"* de Maintenon : c'étoît M** d*Heiidioourt, qu'il faut reprendre de plus loin. Le maréchal d'Albret, des bâtards de cette grande maison, dès lors éteinte, avoit une grand'mère Pons, mère de son

352 M*** DE HONTGON ET d'HEUDICODRT. [1696]

père, fille du chevalier du Saint-Esprit de la première promotion, sœur de la fameuse M"* de Guiercheville, dame d'honneur de Marie de Médicis, qui introduisit la première le cardinal de Richelieu auprès d'elle, et qui fut mère en secondes noces du duc de Liancourt. Le maréchal d'Albret, qui eut son bâton pour avoir conduit Monsieur le Prince, M. le prince de Gonti et M. de Longue ville à Vincennes avec les chevau-légers, fut toute sa vie dans une grande considération, et tenoit un grand état partout. Il étoit chevalier de l'ordre et gouverneur de Guyenne. Il avoit chez lui, à Paris, la meilleure compagnie, et M"*' de Pons n'en bougeoient, qui n'avoient rien, et qu'il regardoit comme ses nièces. Il fit épouser l'aînée à son frère, qui n'eut point d'enfants, et est morte en 1614*; elle s'appeloit M"* de Miossens, et faisoit peur par la longueur de sa personne. La cadette, belle comme le jour, plaisoit extrêmement au maréchal et à bien d'autres.

M"* Scarron, belle, jeune, galante, veuve et dans la misère, fut introduite par ses amis à l'hôtel d'Albret, où elle plut infiniment au maréchal et à tous ses commensaux par ses grâces, son esprit, ses manières douces et respectueuses, et son attention à plaire à tout le monde et surtout à faire sa cour à tout ce qui tenoit au maréchal. Ce fut là où elle fut connue de la duchesse de Richelieu, veuve en premières noces du frère aîné du maréchal d'Albret, qui de plus avoient marié ensemble leur fils et leur fille unique ; et la duchesse, quoique remariée, étoit demeurée dans la plus intime liaison avec le maréchal. Lui et M. de Montespan étoient enfants du frère et de la sœur. M. et M"* de Montespan ne bougeoient de chez lui, et ce fut où elle connut M"* Scarron et qu'elle prit amitié pour elle. Devenue maîtresse du Roi, le maréchal n'eut garde de se brouiller avec elle pour son cousin : en bon courtisan, il prit son parti, et devint son meilleur ami et son conseil. C'est ce qui fit la fortune de M"* Scarron, qui fui mise gouvernante des enfants qu'elle eut du Roi, dès

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