‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 26 sur 344 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

ÉCRITE PAR 8AINT-8IMON A M. DK RANGÉ, ABDÉ DE LA TRAFRI, EN LE CONSULTANT 8UR SES M(iM()m«H,

Vorialilei, lo SO mari Hm.

Il faut, Monsieur, que je eoU bien convaincu que voue avez pour moi une bonté eœiréme pour oser prendre la li^ berté que ja fais en vous envoyant par la voie de M. du Charmel les papiers dont j'eus l'honneur de vous parler en mon dernier voyage, lorsque vous me permit es de le faire. Je vous dis lors qu'il [y] avoit déjà quelque temps que je travaillois à des espèces de Mémoires de ma vie, qui cotn» prenoient tout ce qui a un rapport particulier à moi, et aussi un peu en général et superficiellement une espèce été relation des événements de ces temps, principalement des choses de la cour* ; et comme je m'y suis jtroposé une exacte vérité, aussi m'y suis-Je lâché à la dire bonne et mauvaise, toute telle qu'elle m'a semblé sur les uns et les autres , songeant à satisfaire mus in'Unalions et passions en tout ce que la vérité m* a permis de dira, attendu que travail" tant pour moi et bien peu des miens pendant ma vie, et pour qui voudra après ma mort, je ne me suis arrêté à ménager personne par aucune considération ; mais voyant cette espèce d'ouryrage,qui va grossissant tous les jours, avec quelque complaisance de le laisser après moi, et aussi ne voulant point être exposé auœ scrupules qui me ronvieroient à la fin de ma vie de le brûler, comme ç'avoit été mon prê' mier projet, et même plus tôt, à cause de tout ce qu'il y a contre la réputation de mille gens, et cela d'autant plus

1. On ToU qufîilo était à ci^tti; dat^s do IfXK), c'cMtriiriWrti quand 11 n'avait enc^oro quo vinKt-<|iiatre an», la prnmUirn ïâ^w. un Huint^Klmon «n rédigctttit êiin Mhnotre» : ni«;ttro aviic grand détail c«f qui lo concernait, f)t antmi flupcrflciclltmifint co qui nigarUait !<;• autn;N, Muiiif une fol* à l'œuvre et à nieituro qu'il y mordait, wm deiiein n'eut accru, et TaceM- •oire eut devenu le principal : lu peintre, en présence de sa toile et de modl'les, n'y a pas tenu, ai l'eit donné carrière.

LKTTRK Die HAfNT-lIfMON A HANCi. XXIX

irréparabtêmcnt qua la térité n'y mnconlra tout «ntiàrâ 4/t que la pasêion n'a fait qu'animer lu «lylf, je me suis r^jnolu à vffUM m importuner de quclqure maraeauai, pour toue iUppHcr par iaeuta de juf/ftr de la pièce et de me vou» IrHr prescrire une règle pour dire toujours la térité eane hleeeer ma coneciance, et pour me donner de enlutairee coneeiU eur la manière que J'aurai à tenir en écrinant dee choeee qui me touchent particulièrement et plue eennible^ ment que le/t autrae. J'ai donc choini la relation de notre procèê contre MM. de Luwemtfourg père et file, qui a pro- Huit des rencontres qui m'ont touché de presque trmtes les plus vives passions d'une manière autant ou plus sensible que Je l'aie été en ma vie, et qui est eaprimée en un style qui le fait bien remarquer. C'est, Je crois, tout ce qu'il y a déplus âpre et de plus amer en mes yidmoWon, mais, au moins, y ai'Je tâché d'être fidèle à la plus ewacte vérité. Je Vai copiée d'iceuw, t/U elle est écrite éparse çà et là self/n l'ordre des temps nucoquels nous avons plaidé, et mise en* semble / et au lieu d'y parler à découvert comme dans mes Mémo\r9ë, Je me nomme dans cette copie comme les autres, pou/r la pouvoir garder et m'en servir sans que J'en paroisse manifestement l'auteur. J'y ai Joint aussi deum portraits pou/r servir d'échantillon au reste, quoique en Itien celui de Èî, Daguesseau pût suffisamment servir à ceum de ce genre, duquel il y en a bien mtAns qu'en mal, Je vous supplie trêS'humblement de vouloir garder ce que Je vous envoie, jusqu'à ce que Je l'aille moi-même chercher, espérant avoir , fie délice tout aussitôf après Pâques, et vous pttrter en même temps quelques cahiers des MémoIrM mêmes. Je me flatte donc qu'au milieu de tous vos mauoo, de toutes les peines que vous cause ce changement heureuso de votre grand et merveilleuoo monastère, V(/us aurex la charité d'etnaminer ce que Je vous envoie, d'y penser' devant Dieu, et de dicter ce» avis, règles et salutaires conseils que J'ose vttus demander, afin que, demeurant écrits, ils ne me passent point de la mémoire, et que j'y puisse av(/irt(/ute ma vie recours. Je croie qu'il seroit inutile de vous demander des précautions sur le secret et sur le ton de roico dont on vfjus lira ces pa* piere, pour qu'on ne puisse rien entendre hors de votre chaffître, KuuHnémes vous^en feront souvenir suffisamment. Il ne mê rêslê plue rien à ajouter ici, sinon de vous de*

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