‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 269 sur 344 · HE LA MTCHESSE HE CHARTRES · texte numérisé non relu

HE LA MTCHESSE HE CHARTRES

Sa sœur nnique, qu^il aimoit tendrement aroît t^pou$è M. de Castries, du nom de la Croix, qui t^oit riche pour une fille qui n^aToit rien. Il étoit veuf, sans enfknts^ de la mère de M. de la FeuiUade et de Monsieur de Meta* l«a faveur de son beau-frère lui procura le ^uvernement d« Montpellier, ensuite une des trois lieutenances gtWiiVales de Languedoc, enfin Tordre du Saint-Esprit, en 1661, et il fut un de ceux que le duc d'Arpajon reçut à Pi^xenas, avec M. le prince de Conti, par commission du Hoi. Il mourut en 1674, à soixante-trois ans, et laissa des filles et deux fils, dont Faîne se distingua extrêmement à la guerre par sa capacité et par des actions brillantes de valeur. CTtMoit d'ailleurs un homme pétri d'honneur et do vertu, doux, sage, poli, fort aimé et de bonne compagnie. Il lutta longtemps contre sa mauvaise santé et un asthme qu'il eut dès sa première jeunesse, mais qui fut à la fin le plus fort, et le força, près d'être maréchal de camp, à quitter un métier auquel il étoit propre, qu'il aimoit avec passion, et (|ui Tauroit apparemment mené loin.

M. du Maine étoit gouverneur do Languedoc ; le cardinal Bonzî, à bout de douleur et do ressourei^s, on chercha dans cet appui, et c'est ce qui tU le mariage dn son neveu. M. du Maine s'en chargea, le réf^ia (^t le conclut. Cela n'étoit pas difficile : M"* de VivonrKî n'avolt rien que sa naissance, et le cardinal et sa sœur ne cherchoient qu'une grande alliance et un soutien dom(>stiqu6 contre Basville. M"* de Montespan fit la noce en nuii 1693, chez elle, à Saint-Joseph, et se chargea de loger et nourrir les mariés. M. du Maine promit merveilles, et, à son ordinaire, ne tint rien. Il ménageoit son crédit [umv soi tout seul, et se seroit bien gardé de choquer le dégoût du Roi pour la conduite du cardinal Bonzi ni ses ministreH, et le goût qu'ils lui avoient donné pour Banville; niais h l'égard de la place de dame d'atour de M"* la duchcîKse de Chartres, peu courue, et par des gen» dont M. du Maine n'avoit aucune raison de s'cmbarrasHer, 11 ne put refuser à M"* de Montespan, quelque peu cordialement

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qu'ils fussent ensemble, à M"* la duchesse de Chartres, avec qui il vivoit alors intimement, et [à] sa propre pudeur poui des gens dont il avoit fait le mariage, et qui n'avoient trouvé en lui rien moins de ce qui Tavoit fsiit faire, di s'intéresser pour eux en chose si fort de leur convenance et qui ne lui coûtoit rien. Il obtint donc cette place du Roi et de M"* de Maintenon, sans laquelle ces sortes d^emplois ne s'accordoient point, et se donna le mérite de le mander en Languedoc', où étoient M. et MM"** de Castries et le cardinal Bonzi, avant qu'ils pussent savoir que ce poste étoit à remplir. Ils demeurèrent encore quelque temps chez eux à achever leurs affaires, et puis vinrent s'établir pour toujours à la cour.

M"** de Castries étoit un quart de femme, une espèce de biscuit manqué, extrêmement petite, mais bien prise, et auroit passé dans un médiocre anneau ; ni derrière, nî gorge, ni menton, fort laide, l'air toujours en peine el étonné ; avec cela une physionomie qui éclatoit d'esprit et qui tenoit encore plus parole. Elle savoit tout : histoire, philosophie, mathématiques, langues savantes; et jamais il ne paroissoit qu'elle sût mieux que parler françois; mais son parler avoit une justesse, une énergie, une éloquence, une grâce jusque dans les choses les plus communes, avec ce tour unique qui n'est propre qu'aux Mortemarts : aimable, amusante, gaie, sérieuse, toute à tous, charmante quand elle vouloit plaire, plaisante naturellement, avec la dernière finesse, sans la vouloir être, et assénant aussi les ridicules à ne les jamais oublier, glorieuse, choquée de mille choses, avec un ton plaintif qui emportoit la pièce, cruellement méchante quand il lui plaisoit, et fort bonne amie, polie, gracieuse, obligeante en général, sans aucune galanterie, mais délicate sur l'esprit, et amoureuse de l'esprit où elle le trouvoit à son gré; avec cela un talenl de raconter qui charmoit, et quand elle vouloit faire un roman sur-le-champ, une source de production, de variét/ et d'agrément qui étonnoit. Avec sa gloire, elle se croyoK. bien mariée, par l'amitié qu'elle eut pour son mari : elle

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retendit sur tout ce qui lui appartenoit, et elle êtoit aussi glorieuse pour lui que pour elle ; elle on recevoil le réciproque et toutes sortes d'égards et de respects.

On ajouta bientôt après une nouvelle personne à la suite* mais intérieure, de M** la duchesse de Chartres, mais sans aller à Marly, ni paroitre avec elle en public hors de son appartement, sinon en des voyages ou en des choses familières : ce fut M"* de Jussac, qui avoit été sa gouvernante, et qui sut allier la plus constante confiance de M"' de Montespan avec Testime de M"* de Maintcnon. Elle s'appeloit Saint->Just, et avoit été longtemps auprès de la première femme de mon père, qui, par confiance, la donnèrent ù ma sœur quand elle épousa le duc de Brissac. Les brouilleries domestiques, qui ne tardèrent pas, fen détachèrent. Elle entra chez M"* de Montespan, qui après la mit auprès de M"' de Blois, dont elle fut gouvernant(; jusqu'à son mariage avec M. le duc de Ghaçtres. Son mari fut tué, écuyer de M. le duc du Maine, à la bataille de Fleurus, en 1690. C'étoit une grande femme, de bonne mine et qui avoit été fort agréable, et toujours parfaitement vertueuse. Elle étoit douce, modeste, bonne, mais sage et avisée, qui connoissoit fort le monde et les gens, vraie et droite, polie, respectueuse, toujours en sa place, et qui, avec la confiance et Tamitié intime de M"* la duchesse de Chartres et de M"' de Montespan, et depuis avec assez de confiance de M"' de Maintenon, ne voyoit rien à Faveugle, discernoit tout, et sut toujours se bien démôler, sans flatterie et sans fausseté, et sans rien perdre avec elles. Elle sut aussi s'attirer une vraie considération et des amis distingués à la cour, quand elle y fut mise, et toujours sans sortir de son état, ni oublier avec nouH ce qu'elle y avoit été. Il est très-singulier qu'avec très-peu de bien elle maria ses deux filles à deux frères, MM. d'Armentières et de Conflans, qui n'avoient rien, et que ce soit ces deux mariages qui les aient remis au monde, et Je chevalier de Conflans, leur troisième frère, <;t qui le» aient tirés de la poussière où l'indigence faisoit languir : cette ancienne maison depuis si Jongtemps.

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