‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 272 sur 344 · MORT DE PUSSORT · texte numérisé non relu

MORT DE PUSSORT

Pussort, conseîUer d*Ëtat et doyen du conseû, mourut bientôt après; il étoit aussi Fun des deux conseillers au conseil royal des finances, et avoit quatre-vingt-sept ou huit ans. M. Colbert l'avoit fait ce qu'il étoit; son mérite Tavoit bien soutenu. II étoit frère de la mère de M. Colbert, et fut toute sa vie le dictateur et, pour ainsi «dire, l'arbitre et le maître de toute cette famille si unie. Il n^avoit jamais été marié, étoit fort riche et fort avare, chagrin, difficile, glorieux, avec une mine de chat fâché qui annonçoit tout ce qu'il étoit, et dont Taustérité faisoit peur et souvent beaucoup de mal, avec une malignité qui : lui étoit naturelle ; parmi tout cela, beaucoup de probité, j une grande capacité, beaucoup de lumière, extrêmement laborieux, et toujours à la tête de toutes les grandes commissions du conseil et de toutes les affaires importantes^ du dedans du royaume. C'étoit un grand homme sec, d'aucune société, de dur et de difficile accès, un fagot d'épines, sans amusement et sans délassement aucun, qui vouloit être maître partout, et qui l'étoit parce qu'il se faisoit craindre, qui étoit dangereux et insolent, et qui fut ibrt peu regretté. Courtin devint, par cette mort, doyen du conseil, et le Roi lui voulut donner la place du conseil des finances; mais les mêmes raisons et le même esprit de retraite qui lui avoient fait refuser de traiter la paix le firent remercier de cette place, que Pomereu eut à son refus. C'étoit un conseiller d'État fort distingué en capacité, en lumière et en esprit, vif, actif, très-intègre et laborieux, mais brusque, plus que vif, capricieux, et que Ba femme et ses domestiques ne laissoient pas toujours voir, même à ses amis les plus intimes : il en avoit et savoit les mériter; il l'étoit fort de mon père, et fut toujours des miens. C'est le premier intendant qui ait été en Bretagne avec cette qualité et ce pouvoir.

Le fils aîné du comte d'Auvergne acheva de se déshonorer de tous points par un combat qu'il fit contre le chevalier de Gaylus, au sortir duquel il courut, éperdu, par les rues, Fépée à la main, dont il s'étoit très-misérablement

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