‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 281 sur 344 · Saint^imon avait d*abord écrit : « A If»* de Grignan. a · texte numérisé non relu

Saint^imon avait d*abord écrit : « A If»* de Grignan. a

410 KONSlEim DX QAMBIAY SB lUfitOOT [i^07]

fonction si au-dessous de lui, d*uii ouvrage qii*eQe ne pouvoit agréer après avoir pris si hautement le parti contraire; Tautre en lui marquant une défiance et une indépendance d'elle, qui la blessa plus que tout, et qui la fit résoudre à travailler à les perdre tous deux.

Parmi ces mouvements de doctrine et d^écrits. Monsieur de Gambray aveit songé à de plus forts secours. Ami des jésuites, il se les étoit attachés, et ils étoient à lui en corps et en groupe, à la réserve de quelques partienUers, plus considérables par leur mérite que par leur poids et par leur influence dans les secrets, la conduite et le gouvernement intérieur de leur compagnie. Il se voyoit saas ressource en France, avec les premiers pr^ats en savoir, en piété, en crédit, contre lui, qui, ayant la cour dédarèe pour eux, mèneroient tous les autres évéques. Il songea donc à porter son affaire à Rome, où il espéra tout par une démarche si contraire à nos moeurs, et si agréable à cette cour, qui affecte les premiers jugements, et que toute dispute un peu considérable soit d*abord portée devant sBe sans être d'abord jugée sur les lieux. H y compta sur le crédit des jésuites , et la conjoncture lui présenta une autre protection, dont il ne manqua pas de s'assurer.

Le cardinal de Janson étoit depuis six ou sept ans à Rome; il y avoit très-dignement et très*utilement servi : il voulut enfin revenir. Le cardinal de Bouillon n*avoit pas moins d'envie de l'y aller relever. La frasque ridicule quil avoit faite sur cette terre du dauphiné d'Auvergne, et d'autres encore, avoient diminué sa considération et mortifié sa vanité. Il vonloit une absence, et une absence causée et chargée d'affaires, pour revenir après sur un meilleur pied. 11 n'y avoit plus que deux cardinaux devant lui , et il falloit être à Rome à la mort du doyen pour recueillir le décanat du sacré collège. Monsieur de Cam» bray s'étoit lié d'avance avec lui, et l'intérêt commun avdt rendu cette liaison facile et sûre. Le cardinal voyoit alors ce prélat dans les particuliers intimes de M"* de Maintenon, et maître de l'esprit des ducs de Ghevreuse et de

[1697] 1 PORTKR SOH âVFAIRB 1 ROME. 411

Beawilîer, qm étoient dans la ût^eur et dans la confiance la ]^in déclarée. Bouillon et Cambray étoient aux jésuites, et les jésuites à eux, et le prélat, dont les vues étoient vastes, oomploit de se servir utilement du cardinal, et à la cour et à Rome. Son crédit à la cour tombé, celui de ses amis fort obscurci, Tamitié du cardinal lui devint plus néoessaire. Ce dernier leur avoit ToUigation d'avoir vninca la répugnance du Roi pour renvoyer relever le cardinal de Janson, et celle encore de lui avoir obtenu fagréoient et la protection du Roi pour faire élire Tabbé d* Auvergne, son neveu, coadjuteur de son abbaye de Cluni. C*étoit avoir pris Torgueil, qui gouvernoit uniquement ce cardinal, par Tendroitle plus sensible. Il ne se démentit donc point à leur égard lorsqu'il vit leur crédit en désarroi, et il espéra les remettre en selle par le jugement qu*il se promettoit de faire rendre à Rome. Tout Tanimoit en ce dessein, le fruit d'un si grand service; et on prétendit que le marché entre eux étoit fait, mais à Tinsu des ducs, que le crédit de l'un l^roit l'autre cardinal en lui âdsant gagner sa cause, et que le crédit de celui-ci, relevé par sa victoire et sa pourpre, seroit tel en soi et sur les deux ducs, à qui il seroit alors temps de parler et sur lesquels il pouvoit tout, qu'ils feroient entrer le cardinal de Bouillon dans le conseil, d'où Bouillon ne se promettoit pas moins que de s'élever à la place de premier ministre. Ce dernier point du conseil n*étoit pas à beaucoup près si aisé à imaginer raisonnablement que les espérances de Rome. Le Roi n'avoit jamais mis d'ecclésiastique dans son conseil, et il étoit trop jaloux de son autorité et de sembler tout foire, pour se résoudre jamais à un premier ministre; mais Bouillon étoit l'homme le plus chimérique qui ait vécu en nos jours , et le plus susceptible des chimères les plus folles en faveur de sa vanité, dont toute sa vie a été la preuve. Un peu de sens auroit pu lui découvrir qu'indépendamment de la difficulté du côté du Roi, il n'étoit pas sûr que, si ses amis les eussent pu vaincre, c'eût été à son profit, et que Monsieur de Cam-

Page 1