Ce blanc existe dans le manuscrit
a. M"* d'HautefiMTt écouta la marécbal ds Scbombtrg en ISIS, et non en 1657.
11697] MONSIEUR DE TROYES. 4i3
donner à jouer ni à manger. Princes du sang« grands seigneurs dans les premières charges, généraux il\Hruiot\ grandes dames n*en bougeoient; la jeunesse on ètoit bannie ; et n'y étoit pas admis qui vouloit. Elle ne sortoit presque point de chez elle, et s'y faisoit respecter connue une reine. Cda est si singulier que je Fai voulu rapporter.
Coulons à fond les prélats. Monsieur de Troves surprit beaucoup le monde par sa belle et courageuse retraite. U étoit fils de Ghavigny, cet honnête secrétaire d'Ëtat dont j'ai parlé p. ^, et petit-fils de BouthiUier, surintendant des finances. Il eut des bénéfices de bonne heure, fut aumônier du Roi, devint, jeune, évêque de Troyes. Il avoit du savoir, et possédoit de plus les afiaires temporelles du clergé mieux qu'aucun de ce corps, en sorte qu'il étoit do presque toutes les assemblées du clergé et qu'il brilloit dans toutes. Il avoit de plus bien de l'esprit et, plus que tout l'esprit du monde, le badinage des femmes, le ton de la bonne compagnie, et passa sa vie dans la meilleure et la plus distinguée de la cour et de la ville, recherché de tout le monde, et surtout dans le gros jeu et à travers toutes les dames : c'étoit leur favori; elles ne l'appeloient que le Troyen, et chien d'évêque et chien de Troyen, quand il leur gagnoit leur argent. Il s'alloit de temps en temps ennuyer à Troyes, où, pour la bienséance et faute de mieux, il ne kissoit pas de faire ses fonctions; mais il n'y demeuroit guère, et une fois de retour, il ne se pouvoit arracher.
C'est ainsi que jusqu'alors il avoit passé sa vie. Ct^pendant les réflexions vinrent troubler ses plaisirs, puis ses amusements. Il essaya de leur céder, il disputa avec elles; enfin l'expérience lui fit comprendre qu'il seroit toujours vaincu s'il ne rompoit ses liens d'une manière à ne les pouvoir renouer. Jamais il n'avoit été plus gai ni de meilleure compagnie qu'à un dîner à l'hôtel de Lorges, avec M. de Ghaolnes et grand monde fort choisi, au sortir duquel il alla coucher à Versailles, après s'être arrangé, quelquesjoursdevant,avecIeP.de la Chaise, Le lendemair
i. Id eneore U y ft un blanc au manufcrit.
424 MONSIEUR DE TROTES. [1697]
matin, au sortir du prié-Dieu S il demanda au Roi un moment d^audience, et il Feut dans le cabinet, avant la messe. Là il fit sa confession avec ingénuité : il avoua au Roi le besoin qu'il avoit de retraite et de pénitence, et que jamais il n'en auroit la force tant qu'il tiendroit au monde par quelque prétexte. Il présenta au Roi la démission de son évêché, et lui dit que, s'il le vouloit combler, ce seroit de le donner à son neveu l'abbé de Chavigny, qui avoit de Tâge assez, et encore plus de mérite, de savoir et de vertu; qu'il l'aideroit à gouverner dans ses commencements un diocèse qu'il connoissoit à fond, qu'il se retireroit dans sa propre maison à Troyes, qu'il partageroit avec lui, et qu'il y demeureroiten solitude le reste de sa vie. L'évêché valoit peu; le Roi aimoit Monsieur de Troyes, malgré la dissipation de sa vie : il lui accorda sur-le-champ sa demande. Au sortir du cabinet, Monsieur de Troy{ s gagna Paris, n'y vit personne, et partit le lendemain pour Troyes, où il tint très-exactement tout ce qu'il s'étoit proposé, sans vouloir voir qui que ce soit que son neveu et ses prêtres, encore pour affaires, et sans écrire ni avoir aucun commerce avec personne, entièrement consacré à la prière, à la pénitence et à une entière solitude.
J'ai parlé p. 84 * de la querelle de M. de la Rochefoucauld et de Monsieur d'Orléans sur une place derrière le Roi au sermon. J'en ai abrégé les procédés. 11 faut dire que Monsieur le Prince, M. le maréchal de Lorges ni les autres amis communs n'ayant pu venir à bout de les réconcilier, le prélat, après avoir fait un grand bruit inutile, s'en étoit allé à Orléans bouder. A la fin il fallut bien revenir faire sa charge, et ses amis et ses frères l'en pressoient depuis quelque temps, dans l'espérance que ce retour opéreroit un changement favorable dans son affaire. Son arrivée renouvela le bruit et les plaintes. Il se jeta aux pieds du Roi avec peu de bienséance et moins de dignité, pro-