‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 294 sur 344 · SIÈGE ET PRISE DE BARCELONE · texte numérisé non relu

SIÈGE ET PRISE DE BARCELONE

devenu lieutenant général, s'y distingua extrêmement, et tellement de Faveu de tout le monde, que le Roi ne voulut pas attendre la fin du siège à le faire brigadier, et récompenser le temps qu'il avoit perdu capitaine de cavalerie. Le duc de Lesdiguières y fit ses premières armes d'une manière fort brillante ; les comtes de Mailly et de Montendre et le fils aîné du grand prévôt s'y signalèrent fort aussi.

La contrescarpe emportée, M. de Vendôme eut avis que la nuit du 15 au 16 juillet les assiégés dévoient faire une grande sortie , et en même temps le vice-roi avec toutes ses troupes attaquer le camp. Là-dessus M. de Vendôme marcha au vice-roi, la nuit du 44 au 15, dont il trouva l'armée partagée en deux camps : il en attaqua un, et fit attaquer Tautre par d'Usson. Aucun des deux ne résista presque : ils furent surpris, et tout prit la fuite, et le vice-roi même tout en chemise. Les deux camps furent pillés, et pendant ce pillage quelque cavalerie ennemie prit le temps de se former et de venir tomber sur les pillards; mais on avoit prévu cet inconvénient, et cette cavalerie fut défaite : on leur tua ou prit huit cents hommes et beaucoup d'ofiiciers. Le secrétaire et la cassette du vice-roi furent pris avec ses papiers, et cinq mille pièces de quatre pistoles. Par cette action l'armée ennemie fut entièrement dissipée, et hors d'état de rafraîchir la place ni de montrer de troupes nulle part. On ne songea plus qu'à presser le siège ; il y eut encore beaucoup d'actions fort vives. Enfin, les mines ayant fait tout l'efTet qu'on en avoit espéré, et l'assaut prêt à donner, M. de Vendôme envoya Barbezières leur parler. Pimentel s'approcha de lui. Il y eut des propositions sur l'état où la place se trouvoit réduite, qui produisirent quelques allées et venues. Enfin ils entrèrent le 5 août en capitulation, qui ne fut conclue que le 8. Elle fut telle que le méritoient de si braves gens, qui, par leur belle défense, s'étoient montrés vrais Espagnols et dignes de l'être. On leur accorda trente pièces de canon, quatre mortiers, des chariots couverts

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tant qu'ils Toulurent et la plus honorable coiuposition^ ot à la ville tous ses privilèges, excepte rinquisitioiu que M. de Vendôme ne voulut pas soutTrir, Us s'èloienl fini un point d^honneur de ne battre point la ohamado. U périt beaucoup de monde de part et d'autre à ce sioA^o. mais personne de marque. Le vice-roi, don Fr, de Velasoo, fut mandé à Madrid pour rendre compte de sa conduite* et la Gorzana fut fait vice-roi. Le mont Jouy se nMidit par la même capitulation de la place, sans avoir été attaqué.

Chemerault arriva le 15 août à Versailles, où Barbo«ieux ne se trouva point, avec cette agréable nouvelle. Saint • Pouange le mena au Roi, et Laparat, qui, connue pnucipai ingénieur, avoit conduit le siège, où il avoil été légérenuMu blessé, vint après rendre compte du détail de ce qui s\v étoit passé. Lui et Chemerault étoient brigadiers. Le Uoi donna douze mille livres à Chemerault, et les fit tous deux maréchaux de camp, et avec eux M. de Liancourt, qui servoit en Flandres et ne s*attondoit à rien moins : co (\U une galanterie que le Roi fit à M. de la Rochefoucauld. Il v eut suspension d'armes en Catalogne jusqu'au t*' sepltMUbre ; le Llobrégat servit de barrière pour la séparation des François et des Espagnols. Nous eûmes bien nent mille hommes tués ou blessés, parmi lesquels six cents officiers ; les ennemis y perdirent six mille hommes, (loigny , lieutenant général, et Nanclas sous lui, furent mis pour commander dans Barcelone. Pimentel, qui Tavoit défendue, eut du roi d'Espagne un titre do ('astillo et prit le nom de marquis de la Floride. M. do VendAnn* , quelques jours après, y fut reçu vice-roi en grande» cérémonie. Le présent en pareille occasion est do cinciuanh^ mille écus.

J'arrivai à Landau sur la fin do mai, deux jours avant rassemblée de Farmée; ce fut à Lcmpshoini, oùleniiirquis le Chamilly demeura avec une partie do rinianterie; le marquis d'Huxelles alla avecTautro ù Spire, ot lo maréchal de Choiseul, avec une brigade (rinfantoric et toute la cavaleriCy s'avança à Ëppenheim pour la commodité des

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fourrages, où on fit la réjouissance de la prise d'Ath.' Pendant qu'on subsistoit ainsi tranquillement, tantôt dans un camp, tantôt dans un autre, suivant Fabondance, le maréchal n'étoit pas sans inquiétude que le prince Louis de Baden n'en voulût à Fribourg. Ce soupçon et le remuement de leurs bateaux, qui l'empêcha de s'avancer davantage dans le Palatinat, quoique fort court de fourrage, le fît songer à passer le Rhin. Il le proposa à la cour, et il en reçut la permission, en même temps que Locmaria le joignit avec neuf escadrons et dix bataillons du Luxembourg. Le maréchal tint son dessein secret, partit dans sa chaise, suivi du duc de la Ferté, du comte du Bourg» de Mélac et de Praslin, d'une brigade de cavalerie et d'une de dragons, et s'en alla au fort Louis, où il arriva le dernier juin. Il y fut joint par la cavalerie la plus à portée, puis par toute son infanterie, le marquis d'Huxelles resté avec presque rien à Spire. Cependant il se hâta d'occuper les bois et les défilés de Stolhofen, pour pouvoir déboucher par là. Le marquis de Renti, avec toute la cavalerie, arriva le 3 juillet au fort Louis, où il passa le Rhin, et le même jour l'artillerie et les vivres joignirent aussi le maréchal de Choiseul assez près de la tête des chaussées. De toutes parts l'ordre et l'extrême diligence de l'exécution furent admirables. J'allai en arrivant voirie maréchal, qui ne m'en avoit dit qu'un mot léger à Ostoven, et qui m'en fit excuse sur ce qu'il n'avoil confié son projet qu'à ceux-là uniquement dont il ne pouvoit se passer pour l'exécuter, dans la crainte que le prince de Baden ne portât quelques troupes dans la plaine de Stolhofen, ce qui lui étoit bien aisé, et ce qui auroit empêché le passage du Rhin.

Pour tromper mieux M. de Baden, le marquis d'Huxelles, qui n'avoit à Spire que les troupes que Locmaria avoit amenées, et qu'il y avoit attendues absolument seul pendant vingt-quatre heures, fit passer le Rhin sur le pont de Philisbourg à quelques troupes et à force trompettes, cymbales et tambours, et persuada ainsi à l'ennemi que toute l'armée étoit là, ce qui le retint à trois lieues de là,

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