‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 330 sur 344 · PRÉPARATIFS DU MARIAGE · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DU MARIAGE

suffirent à peine ; les boutiques des marchands se vidèrent en très-peu de jours : en un mot, le luxe le plus effréné domina la cour et la ville, car la fête eut une grande foule de spectateurs. Les choses allèrent à un point que le Roi se repentit d'y avoir donné lieu, et dit qu'il ne comprenoit pas comment il y avoit des maris assez fous pour se laisser ruiner par les habits de leurs femmes; il pou voit ajouter : et par les leurs; mais la bride étoit lâchée, il n'étoit plus temps d'y remédier, et au fond, je ne sais si le Roi en eût été fort aise, car il se plut fort pendant les fêtes à considérer tous les habits. On vil aisément combien cette profusion de matière et ces recherches d'industrie lui plaisoient, avec quelle satisfaction il loua les plus superbes et les mieux entendus, et que le petit mot lâché de poUtique, il n'en parla plus, et fut ravi qu'il n'eût pas pris.

Ce n'est pas la dernière fois que la même chose lui est arrivée. Il aimoit passionnément toute sorte de somptuosité à sa cour, et surtout aux occasions marquées, et qui s'y seroit tenu à ce qu'il avoit dit lui eût très-mal fait sa cour. Il n'y avoit donc pas moyen d'être sage parmi tant de foHe; il fallut plusieurs habits : entre M"* de Saint-Simon et moi, il nous en coûta vingt mille livres. Les ouvriers manquèrent pour mettre tant de richesses en œuvre : Madame la Duchesse s'avisa d'en envoyer enlever par des hoquetons de chez le duc de Rohan; le Roi le sut, le trouva très-mauvais, et fit sur-le-champ renvoyer ces ouvriers à l'hôtel de Rohan ; et il faut remarquer que le duc de Rohan étoit un des hommes de France que le Roi aimoit le moins, et pour lequel il se contraignoit le moins de le marquer. Il fit encore une autre chose bien honnête, et tout cela montroit bien le dcsir que tout le monde fût au plus magnifique : il choisit lui-même un dessin de broderie pour la princesse. Le brodeur lui dit qu'il alloit quitter tous ses ouvrages pour celui-là; le Roi ne le voulut pas : il lui comnTïinda bien précisément d'achever premièrement tout ce qu'il avoit entrepris, et de ne travailler

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