MARUGE DU DUC DE BOURGOGNE
mariage seulement, pendant laquelle Dangeau et Tessé soutenoient par en haut son bas de robe. Les dames du palais ne bougèrent de leurs places. Un courrier tout prêt à la porte de la chapelle partit pour Turin au moment que le mariage fut célébré. La journée se passa assez ennuyeusement. Sur les sept [heures] du soir le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent, que le Roi avoit été convier quelques jours auparavant. Il tint le portique, et sur les huit heures ils vinrent dans le salon du bout de la galerie joignant Fappartement de M"* la duchesse de Bourgogne, d'où, malgré la pluie, ils virent tirer un feu d'artifice sur la pièce des Suisses. On soupa ensuite comme on avoit dîné, le roi et la reine d'Angleterre de plus, la reine entre les deux rois. En sortant de table, on fut coucher la mariée, de chez laquelle le Roi fit sortir absolument tous les hommes. Toutes les dames y demeurèrent, et la reine d'Angleterre donna la chemise, que la duchesse du Lude lui présenta. M^ le duc de Bourgogne se déshabilla dans l'antichambre, au milieu de toute la cour, assis sur un ployant; le Roi y étoit avec tous les princes; le roi d'Angleterre donna la chemise, qui lui fut présentée par le duc de Beauvillier.
Dès que M"* la duchesse de Bourgogne fut au lit, M^' le duc de Bourgogne entra, et se mit dans le lit à sa droite, en présence des rois et de toute la cour, et aussitôt après le roi et la reine d'Angleterre s'en allèrent : le Roi s'alla coucher, et tout le monde sortit de la chambre nuptiale, excepté Monseigneur, les dames de la princesse, et le duc de Beauvillier, qui demeura toujours au chevet du lit du côté de son pupille, et la duchesse du Lude de Tautre ; Monseigneur y demeura un quart d'heure avec eux à causer, sans quoi ils eussent été assez empêchés de leurs personnes; ensuite il fit relever Monsieur son fils, et auparavant lui fit embrasser la princesse, malgré Topposition de la duchesse du Lude. Il se trouva qu'elle n'avoit pas tort : le Roi le trouva mauvais, et dit qu'il ne vouloit pas que son petit-fils baiaftt le bout du doigt à sa femme jusqu'à
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ce qu'ils fussent tout à fait ensemble. Il se rhabilla dans Tantichambre, à cause du froid, et s'alla coucher chez lui à Tordinaire. Le petit duc de Berry, gaillard et résolu, trouva bien mauvaise la docilité de Monsieur son frère, et assura qu'il seroit demeuré au lit.
Le dimanche il y eut cercle chez M"* la duchesse de Bourgogne. Le feu Roi, qui les avoit vu * tenir avec beaucoup de dignité à la Reine sa mère, et les avoit vus tomber sur la fin de Madame la Dauphine-Bavière, voulut les rétablir. Ce premier fut magnifique, par le prodigieux nombre de dames assises en cercle et d'autres debout derrière les tabourets, et d'hommes derrière ces dames, et la beauté des habits. Il commença à six heures; le Roi y vint à la fin, et mena toutes les dames dans le salon près de la chapelle, où elles trouvèrent une belle collation, puis à la musique, après quoi il tint le portique. Â neuf heures il conduisit M. et M""* la duchesse de Bourgogne chez cette princesse, et tout fut fini pour la journée. Elle continua à vivre comme avant d'être mariée, mais W le duc de Bourgogne alla tous les jours chez elle, où les dames eurent ordre de ne les laisser jamais seuls, et souvent ils soupoient tète à tête chez M"* de Maintenon. Le mercredi 11 décembre, le Roi vint, sur les six [heures], chez M"* la duchesse de Bourgogne, où il y avoit grosse cour. Il y attendit le roi et la reine d'Angleterre, puis entrèrent dans la galerie, pleine d'échafauds et superbement ornée pour le bal. La tête y tourna au duc d'Aumont, qui se mêla de toutes ces fêtes à la place du duc de Beauvillier, qui étoit en année, mais qui ne les put ordonner à cause de ses fonctions auprès des enfants de France. Ce fut donc une foule et un désordre, dont le Roi même fut accablé. Monsieur fut battu et foulé dans la presse; on peut juger ce que devinrent les autres. Plus de place, tout de force et de nécessité ; on se fourroit où on pouvoit. Cela dépara toute la fête. 11 y eut un branle, et juste ce qu'il fallut de princes et de princesses
1. Saint-Simon écrit ici vus, au pluriel, et à la ligne suivante, vu, sans accord.