‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 339 sur 344 · FORTUNE DES LA VIENNE · texte numérisé non relu

FORTUNE DES LA VIENNE

duchesse de Chartres, obtint la charge d'aumônier ordinaire. G'étoit un homme extrêmement aimable dans la société, que le Roi s'étoit caprice de ne point faire évêque, dont aussi il n'avoit pas trop pris le chemin. Il étoit fort honnête homme, et avoit beaucoup d*amis. Intimement lié avec son frère et sa belle-sœur, et logeant avec eux, il voulut ne les point quitter, demeurer honnêtement à la cour, et avoir un logement.

Gela me fait souvenir que j*ai oublié une bagatelle qui ne Test rien moins chez ces princesses : c'est de parler de la première fenune de chambre de M** la duchesse de Bourgogne. Le Roi choisit M"* Gantin i, bien faite, polie, fort à sa place, douce, obligeante, et sachant fort le monde. Elle étoit femme de Gantin et belle-sœur de la Vienne. Ge la Vienne, qui avoit fait plus d'un métier, étoit devenu baigneur, et si à la mode, que le Roi, du temps de ses amours, s'alloit baigner et parfumer chez lui, car janmis homme n'aima tant les odeurs, et ne les craignit tant après, à force d'en avoir abusé. On prétendoit que le Roi, qui n'avoit pas de quoi fournir à tout ce qu'il desiroit, avoit trouvé chez la Vienne des confortatifs qui Favoient rendu plus content de lui-même, et que cela, joint à la protection de M"* de Montespan, le fit enfin premier valet de chambre. Il eonserva toute sa vie la confiance du Roi. On en a vu un trait sur l'aventure de M. du Maine en Flandres et de la gazette d'Hollande. La Vienne, qui avoit passé sa vie avec les plus grands seigneurs, n'avoit jamais pu apprendre le moins du monde à vivre. G'étoit un gros homme noir, frais, de bonne mine, qui gardoit encore sa moustache comme le vieux Villars, rustre, très-volontiers brutal, pair et compagnon avec tout le monde, et ce qui est plaisant, parce qu'il n'en savoit pas davantage, car il n'étoit point glorieux et n'avoit d'impertinent que l'écorce, honnête homme, ni méchant ni malfaisant, même bon homme et serviable. Il avoit poussé son frère Gantin, qu'il avoit fait

i. D'après les actes officiels, la Traie ortographe de ce nom est (hAui^«

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