‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 4 sur 344 · NOTICE. I!I · texte numérisé non relu

NOTICE. I!I

met en corps de récit, en un corps unique et continu, se bornant à la distribuer par paragraphes distincts, avec des titres en marge * ; et ce long texte immense , il le recopie tout de sa main, avec une netteté , une exactitude minutieuse , qualités authentiques qu'on n'a pas assez remarquées , sans quoi on eût plus religieusement respecté son ordre et sa marche, son style et sa phrase , qui peut bien être négligée et redondante, mais où rien (je parle des Mémoires et non des notes) n'est jeté au hasard.

Gomment cette vocation historique si prononcée se forma-telle et se rencontra-t-elle ainsi toute née au sein de la cour et dans un si jeune âge? Et d'où sortait donc ce mousquetaire de dix-neuf ans, si résolu dès le premier jour à transmettre les choses de son temps dans toutes leurs complications et leurs circonstances ?

Son père, sans un tel fils, serait reste un de ces favoris comblés, mais obscurs, que l'histoire nomme tout au plus en pas* sant, mais dont elle ne s'occupe pas. Jeune page, il avait su plaire à Louis XIII par quelques attentions et de l'adresse à la chasse, en lui présentant commodément son cheval de rechange ou en rendant le cor après s'en être proprement servi. Sans doute il p.vait bonne mine ; il avait certainement de la discrétion et dii l'honneur. A la manière dont Saint-Simon nous parle de son père, et même si l'on en rabat un peu, on voit en celui-ci un homme de qualité, fidèle, assez désintéressé, reconnaissant, et, en tout, d'une étoffe morale peu commune à la cour. Son attitude envers Richelieu est digne en même temps que sensée : il n'est ni hostile ni servile. On découvre même dans le père de Saint-Simon une qualité dont ne sera pas privé son fils, une sorte d'humeur qui , au besoin, devient de l'aigreur; c'est pour s'être livré à un mouvement de cette nature qu'il tomba dans une demi-disgrâce à l'âge de trente et un ans, et quitta la cour pour se retirer en son gouvernement de Blaye, où il demeura jusqu'à la mort du cardinal. Si j'avais à définir en deux mots le père de Saint-Simon, je dirais que c'était un favori, mais que ce n'était pas un courtisan : car il avait de l'honneur et de l'humeur.

1. Saint-Simon, dans le texte original, n'établit point de chapitres proprement dits ni aucune division : il était d'une haleme infatigable ; on a bien été obligé, en imprimant, de faire des chapitres de longueur à peu près égale pour soulager l'attention du lecteur , mais on a eu soin de ne composer les sommaires qu'avec les termes mis en marge par Saint-Simon, et on a reproduit ces mêmes termes de la marge au haut des pages, dans le titre courant.

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