Le nom est en blanc dans le manuscrit
1692] COMMENCEMENTS DE l'ABBÉ DU BOIS. 10
faîsoit la leçon, et la faisoit fort bien, et néanmoins plaisant au jeune prince.
Cependant Saint-Laurent mourut, et très-brusquomont. Du Bois, par intérim, continua à faire la leçon ; mais depuis qu'il fut devenu presque abbé, il avoit trouvé moyen de faire sa cour au chevalier de Lorraine et au marquis d'Mffiat, premier écuyer de Monsieur, amis intimes, et ce dernier ayant aussi beaucoup de crédit sur son maître. De faire du Bois précepteur, cela ne se pouvoit proposer de plein saut; mais ces protecteurs, auxquels il eut recours, éloignèrent le choix d'un précepteur, puis se servirent des progrès du jeune prince pour ne le point changer de main, et laisser faire du Bois; enfin ils le bombardèrent précepteur. Je ne vis jamais homme si aise ni avec plus de raison. Cette extrême obligation, et plus encore le besoin de se soutenir, l'attacha de plus en plus à ses protecteurs, et ce fut de lui que le chevalier de Lorraine se servit pour gagner le consentement de M. de Chartres à son mariage.
Du Bois avoit gagné sa confiance; il lui fut aisé en cet âge, et avec ce peu de connoissance et d'expérience, de lui faire peur du Roi et de Monsieur, et d'un autre côté, de lui faire voir les cieux ouverts. Tout ce qu'il put mettre en œuvre n'alla pourtant qu'à rompre un refus; mais cela suffîsoit au succès de l'entreprise. L'abbé du Bois ne parla à M. de Chartres que vers le temps de l'exécution ; Monsieur étoit déjà gagné, et dès que le Roi eut réponse de l'abbé du Bois, il se hâta de brusquer l'affaire. Un jour ou deux auparavant. Madame en eut le vent. Klle parla à Monsieur son fils de l'indignité de ce mariage avec toute la force dont elle ne manquoit pas, et elle en tira parohî qu'il n'y consentiroit point. Ainsi, foiblesse envers son précepteur, foiblesse envers sa mère, aversion d'une part, crainte de l'autre , et grand embarras de tous côtés.
Une après-dînée, de fort bonne heure, que je passois dans la galerie haute, je vis soi tir M. le duc de Chartres d'une porte de derrière de son appartement, l'air fort empêtré et triste, suivi d'un seul exempt des gardes do Monsieur;
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seroît jamais venu à bout; et encore demeura-t-il fort incertain de ce qui en seroit arrivé si la place eût encore tenu dix jours, comme il n'y eut pas deux avis qu'elle le pouvoit. Les fatigues de corps et d'esprit que le Roi essuya en ce siège lui causèrent la plus douloureuse goutte qu'il eût encore ressentie, mais qui de son lit ne l'empêcha pas de pourvoir à tout, et de tenir pour le dedans et le dehon ses conseils comme à Versailles, ainsi qu'il avoit fait pen*' dant tout le siège.
M. d'Elbœuf, lieutenant général, et Monsieur le Duc, maréchal de camp, étoient de tranchée lors de la chamade. M. d'Elbœuf mena les otages au Roi, qui eut bientôt réglé une capitulation honorable. Le jour que la garnison sor-' tit, le plus pluvieux qu'il eût fait encore, le Roi, accompagné de Monseigneur et de Monsieur, fut à mi-chemin de l'armée de M. de Luxembourg, où ce général vint recevoir ses ordres pour le reste de la campagne. Le prince d'Orange avoit mis toute sa science et ses ruses pour le déposter pendant le siège, sur lequel il brûloit de tomber; mais il eut affaire à un homme qui lui avoit déjà montré qu'en matière de guerre il en savoit plus que lui, et continua à le lui montrer le reste de sa vie.
Pendant cette légère course du Roi, le prince de Barbançon sortit par la brèche à la tête de sa garnison, qui étoit encore de deux mille hommes, qui défila devant Monsieur le Prince et le maréchal d'Humières, entre deux haies des régiments des gardes françoises et suisses et du régiment d'infanterie du Roi. Barbançon fit un assez mauvais compHment à Monsieur le Prince, et parut au désespoir de la perte de son gouvernement. 11 en étoit aussi grand bailli, et il en tiroit cent mille livres de rente. Il ne les regretta pas longtemps, et il fut tué l'été d'après à la bataille de Nerwinde.
La place, une des plus fortes des Pays-Bas, avoit la gloire de n'avoir jamais changé de maître. Aussi eutelle grand regret au sien, et les habitants ne pou voient contenir leurs larmes. Jusqu'aux solitaires de Marlaigne
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en furent profondément touchés, jusque-là qu'ils ne purent déguiser leur douleur, encore que le Roi, touché de la perte de leur blé, qu'ils avoient retiré dans Namur, leur en eût fait donner le double, et de plus une abondante aumône. Ses égards à ne les point troubler furent pareils. Ils ne logèrent chez eux que le cardinal de Bouillon, le comte de Gramont, le P. de la Chaise, confesseur du Roi, et son frère, capitaine de la porte ; et le Roi ne permit le passage du canon à travers leur parc qu'à la dernière extrémité, et quand il ne fut plus possible de le pouvoir conduire par ailleurs. Malgré tant de bontés, ils ne pouvoient regarder un François après la prise de la place, et un d'eux refusa une bouteille de bière à un huissier de l'antichambre du Roi, qui se renomma de sa charge et qui offrit inutilement de l'échanger contre une de vin de Champagne.
Marlaigne est un monastère sur une petite et agréable éminence, dans une belle forêt, tout environné de haute futaie, avec un grand parc, fondé par les archiducs Albert et Isabelle pour une solitude de carmes déchaussés, tel que ces religieux en ont un dans chacune de leurs provinces, où ceux de leur ordre se retirent de temps en temps, pour un an ou deux, et jamais plus de trois, par permission de leurs supérieurs. Ils y vivent en perpétuel silence, dans des cellules plus pauvres, mais telles à peu près que celles des chartreux, mais en commun pour le réfectoire, qui est très-frugal, dans un jeûne presque continuel, assidus à l'office, et partageant d'ailleurs leur temps entre le travail des mains et la contemplation. Ils ont quatre chambrettes, un petit jardin et une petite chapelle chacun, avec la plus grande abondance des plus belles et des meilleures eaux de source que j'aie jamais bues, dans leur maison, autour et dans leur parc, et la plupart jaillissantes. Ce parc est tout haut et bas, avec beaucoup de futaie, et clos de murs. Il est extrêmement vaste. Là dedans sont répandues huit ou dix maisonnettes loin l'une de l'autre, partagées comme celles du cloître, avec un jardin un peu plus grand et une petite cuisine. Dans chacune habite, un mois, et rarement