MARIAGE DU DUC DE CHARTRES
cardinal de Bouillon, qui se fit attendre un quart d'heure, et qui fit dire que ces airs-là ne valoient rien à prendre pour qui revenoit comme lui d'un long exil, où la folie qu'il avoit eue de ne ne pas donner la bénédiction nuptiale à Madame la Duchesse s'il n'étoit admis au festin royal Tavoit fait envoyer.
Le mardi gras, grande toilette de M"* de Chartres, où le roi et la reine d'Angleterre vinrent, et où le Roi se trouva avec toute la cour; la messe du Roi ensuite; puis le dîner comme la veille. On avoit dès le matin renvoyé M"* de Verneuil à Paris, trouvant qu'elle en avoit eu sa suffisance. L'après-dînée, le Roi s'enferma, avec le roi et la reine d'Angleterre; et puis grand bal comme le précédent, excepté que la nouvelle duchesse de Chartres y fut menée par M»' le duc de Bourgogne. Chacun eut le même habit et la même danseuse qu'au précédent.
Je ne puis passer sous silence une aventure fort ridicule qui arriva au même homme à tous les deux. C'étoit le fils de Montbron, qui n'étoit pas fait pour danser chez le Roi, non plus que son père pour être chevalier de l'ordre, qui le fut pourtant en 1688, et qui étoit gouverneur de Cambrai, lieutenant général, et seul lieutenant général de Flandres, sous un nom qu'il ne put jamais prouver être le sien. Ce jeune homme, qui n'avoit encore que peu ou point paru à la cour, menoit M"* de Moreuil, fille de la dame d'honneur de Madame la Duchesse, des bâtards de cette grande maison de Moreuil, et qui, non plus que lui, ne devoit pas être admise à cet honneur. On lui avoit demandé s'il dansoit bien, et il avoit répondu avec confiance, qui donna envie de trouver qu'il dansoit mal. On eut contentement. Dès la première révérence il se déconcerta. Plus de cadence dès les premiers pas. 11 crut la rattraper et couvrir son défaut par des airs penchés et un haut port de bras : ce ne fut qu'un ridicule de plus, qui excita une risée qui en vint aux éclats, et qui, malgré le respect de la présence du Roi, qui avoit peine à s'empêcher de rire, dégénéra enfin en véritable huée. Le lendemain.