MADAME DE SAINT-VALLERY
M"* de Saint-Vallery fut dame d'honneur, et Montchevreuil, qui avoit été gouverneur de M. du Maine, et qui conduisoit toute sa maison, continua dans cette dernière fonction et demeura gentilhomme de sa chambre.
M"' de Saint-Vallery étoit fille de Montlouet, premier écuyer de la grande écurie, petit-fils cadet de Bullion, surintendant des finances, et elle étoit veuve depuis un au d'un fils cadet de Gamaches, chevalier de Tordre en 1661, sans enfants, par conséquent belle-sœur de Gayeu, depuis Gamaches, duquel il y aura occasion de dire un mot ; et la mère de M"* de Saint-Vallery étoit Rouault, cousine germaine paternelle de Gamaches, le chevalier de Tordre. G'étoit une femme grande, belle, agréable, très-bien faite, de fort peu d'esprit, à qui la douceur et une vertu jamais démentie, et une piété solide tenoit lieu de tout le reste, et la rendit aimable et respectée de toute la cour, où elle ne vint que malgré elle. Aussi n'y demeura-t-elle que le moins qu'elle put. Elle s'aperçut qu'on avoit envie de sa place, où tout lui déplaisoit, et que M. du Maine se radoucissoit autour d'elle, ou naturellement, ou de dessein. Il n'en fallut pas davantage pour lui faire demander à se retirer, avec la douleur de toute la cour, que sa beauté, sa vertu, sa modestie, et le grand air de toute sa personne avoit charmée. On mit en sa place M"* de Manneville, femme du gouverneur de Dieppe et [belle-fille] de la dernière duchesse de Luynes, fille du chancelier Aligre. M"* de Manneville étoit tille de Montchevreuil ; et c'étoit tellementleur vrai ballot qu'on ne comprend pas comment elle n'y avoit pas été mise d'abord.
Montchevreuil étoit Mornay de bonne maison, sans esprit aucun, et gueux comme un rat d'église. Villarceaux, de même maison que lui, étoit un débauché fort riche, ainsi que Tabbc son frère, avec qui il vivoit. Villarceaux entretint longtemps M"® Scarron, et la tenoit presque tout Tété à Villarceaux. Sa femme, dont la vertu et la douceur donnoient une sorte de respect au mari, lui devint une peine de mener cette vie en sa présence. Il proposa à son