ÉCLAT DE MON PÈRE SUR LES MÊMÔIBBS
succès, et un dépit amer de la Bastille. Oncques depuis il n'a revu mon père, qu'à la mort : à la vérité sa disgrâce le tint bien des années en Languedoc. Son retour fut de peu d'années : il mourut à Paris, en 1688, d'une fort longue maladie. Sur la fin, il envoya prier mon père de Faller voir. Il se racommoda parfaitement avec lui et le pria de revenir; mon père y retourna souvent, et le vit toujours dans le peu qu'il vécut depuis.
L*autre aventure étoit pour finir comme celle-ei, mais elle se termina plus doucement. Il parut des Mémoires de M. de la Rochefoucauld; mon père fut curieux d'y voir les affaires de son temps. Il y trouva qu'il avoit promis à Monsieur le Prince de se déclarer pour lui, qu'il lui avoit manqué de parole, et que le défaut d'avoir pu disposer de Blaye, comme Monsieur le Prince s'y attendoit, avoit fait un tort extrême à son parti. L'attachement plus que trèsgrand de M. de la Rochefoucauld à M"* de Longueville n'est inconnu à personne. Cette princesse, étant à Bordeaux, avoit fait tout ce qu'elle avoit pu pour séduire mon père, par lettres; espérant mieux de ses grâces et de son éloquence, elle avoit fait l'impossible pour obtenir de lui une entrevue, et demeura piquée à Texcès de ne l'avoir pu obtenir. M. de la Rochefoucauld, ruiné, en disgrâce profonde, dont la faveur de son heureux fils releva bien sa maison, sans en avoir pu relever son père, ne pouvoit oublier l'entière différence que Blaye, assuré ou contraire, avoit mise au succès du parti, le vengea autant qu'il put et M"* de Longueville, par ce narré.
, Mon père sentit si vivement l'atrocité de la calomnie, qu'il se jeta sur une plume, et mit à la marge : L'auteur , en a menti. Non content de ce qu'il venoit de faire, il s'en j alla chez le libraire, qu'il découvrit, parce que cet ouvrage ne se débitoit pas publiquement dans cette première nouveauté. Il voulut voir ses exemplaires, pria, promit, menaça, et fit si bien qu'il se les fit montrer. Il prit aussitôt une plume, et mit à tous la même note marginale. On peut juger de l'étonnement du libraire, et qu'il ne fut pas long-