Voyez ci-dessus, la note de la page
Saint-Simon v. 11
162 CHERBERT A LA BASTILLE. [1707]
dessus de ce qu'ils étoient. Beringhen obtint pour Guetem la permission de voir le Roi, et de le mener à la revue ordinaire que le Roi faisoit toujours de sa maison à Marly avant la campagne. Le Premier fit plus, car il l'y présenta au Roi, qui le loua d'avoir si bien traité le Premier, et ajouta qu'il falloit toujours faire la guerre honnêtement. Guetem, qui avoit de l'esprit, répondit qu'il étoit si étonné de se trouver devant le plus grand roi du monde, et qui lui faisoit l'honneur de lui parler, qu'il n'avoit pas la force de lui répondre. Il demeura dix ou douze jours chez le Premier, pour voir Paris, l'Opéra et la Comédie, dont il devint lui-même le spectacle. Partout on le couroit, et les gens les plus distingués n'en avoient pas honte, dont il reçut les applaudissements d'un . trait de témérité qui pouvoit passer pour insolent. Le Premier, le régala toujours chez lui, lui fournit des voitures et des gens pour l'accompagner partout, et, en partant, d'argent et de présents considérables. 11 s'en alla sur sa parole à Reims, rejoindre ses camarades en attendant qu'ils fussent «changés, ayant la ville pour prison; presque tous les autres sétoient sauvés. Leur projet n'étoit rien moins que d'enlever Monseigneur ou un des princes ses fils.
Cette ridicule aventure donna, lieu à des précautions, qui furent d'abord excessives, et qui rendirent le commerce fatigant aux ponts et aux passages. Elle fut cause aussi qu'assez de gens furent arrêtés. Les parties de chasse des princes devinrent pendant quelque temps plus contraintes, jusqu'à ce que peu à peu toutes ces choses reprirent leur cours ordinaire. Mais il ne fut pas mal plaisant de voir pendant ce temps la frayeur des dames, et même de quelques hommes de la cour, qui n'osoient plus marcher qu'entre deux soleils, encore avec peu d'assurance, et qui s'imaginoient des facilités merveilleuses pour être pris partout.
Cherbert et six de ses prétendus domestiques furent arrêtés, et conduits à la Bastille. C'étoit un colonel suisse au service du Roi, qui l'avoit quitté pour celui de Bavière,