‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 105 sur 311 · CARACTÈRE DE HARLAY · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE HARLAY

raédie perpétuelle. Us logeoient et mangeoient ensemble, et jamais ne se parloient que de la pluie et du beau temps; s'il s'agissoit d'affaires domestiques ou autres, ce qui arrivoit continuellement, ils s'écrivoient, et les billets cachetés, avec le dessus, mouchoient^ d'une chambre à l'autre. Ceux du père étoient impitoyables, ceux du fils, qui se rebéquoit volontiers, très-piquants. Jamais [il] n'alloit cheas son père qu'il ne lui envoyât demander s'il ne l'incommoderoit point; le père répondoit comme il eût fait à un étranger; dès que le fils paroissoit, le père se levoit, le chapeau à la main, disoit qu'on apportât une chaise à Monsieur, et ne se resseyoit* qu'en même temps que lui ; au départ, il se levoit et faisoit la révérence.

M"* de Moussy, sa sœur, ne le voyoit guère plus aisément ni plus familièrement, quoique dans le même logis. 11 lui faisoit souvent de telles sorties à table, qu'elle se réduisit à manger dans sa chambre. G'étoit une dévote de profession, dont le guindé, l'affecté, le ton et les manières étoient fort semblables à celles de son frère. La belle-fille, très-riche héritière de Bretagne, étoit, avec toute sa douceur et sa vertu, la victime de tous les trois.

Le fils avoit tout le mauvais du père, et n'en avoit pas le bon : un composé du petit-maître le plus écervelé et du magistrat le plus grave, le plus austère et le plus compassé, une manière de fou, étrangement dissipateur et débauché. Lui et. son père s'étoient figuré être parents du comte d'Oxford, parce qu'il s'appeloit Harley. Jamais race si glorieuse, et glorieuse en tous points, jamais tant de fausse humilité. Les aventures^du premier président avec le harlequin de la comédie italienne, et encore avec Santeuil et bien d'autres, ont été sues de tout le monde; ce seroit trop que de les rapporter ici, il y en a pour des volumes.

Tout ce qui dans la robe se crut en passe brigua cette première place du Parlement. Argenson, cet inquisiteur

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