‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 147 sur 311 · AUX DUCHÉS DE LORRAINE ET DE BAR · texte numérisé non relu

AUX DUCHÉS DE LORRAINE ET DE BAR

États, qui s'est acquis un si grand nom à la tête des armées impériales, dont le fils fut rétabli dans ses États à la paix de Ryswick, lequel, d'une fille de Monsieur frère de Louis XIV, a laissé deux fils, dont l'aîné, devenu grand duc de Toscane, a cédé pour toujours les duchés de Lorraine et de Bar à la couronne, et a épousé la fille aînée de Charles Vï, dernier empereur et dernier mâle de la maison d'Autriche.

Charles IV, amoureux de Béatrix de Cusance, veuve du comte de Cantecroix, et retiré à Bruxelles, servant la maison d'Autriche, la fit faire par l'Empereur princesse de l'Empire, se fit annoncer la mort de la duchesse Nicole sa femme, en arbora le plus grand deuil, en reçut tous les compliments à Bruxelles, et en partit subitement pour Besançon, où un valet, déguisé en prêtre le maria dans sa chambre avec M"* de Cantecroix, le 2 avril 1637*. La, fourbe fut en peu de jours découverte ; la duchesse Nicole n'avait pas seulement été malade. Son mari eut de M"* de Cantearoix une fille, en 1639, qui a été M"* de Lislebonne, mère de M"* de Lislebonne et de la princesse d'Espinoy, et dix ans après un fils, qui est le prince de Vaudemont. 11 faut remarquer que Charles IV n'a jamais attaqué la validité de son mariage avec la duchesse Nicole, et qu'elle n'est morte qu'en 1657, c'est-à-dire plus de dix-sept ans après la naissance de M. de Vaudemont. Charles IV, son père, mourut en 1675, sans enfants légitimes. Fr., son frère, étoit mort dès 1670, Cl.-Fr., sa femme, sœur de Nicole, dès 1648, sans que Fr. se soit remarié. Ainsi, le ^ célèbre Ch., qui devint dans la suite beau-frère de l'em- [ pereur Léopold et général de ses armées, succéda de droit à son oncle Charles IV, sans que ce droit, qu'il tenoit de sa mère, lui ait été jamais contesté. Charles IV voulut appuyer ses bâtards de sa propre maison. Il trouva M. de Lislebonne, frère du duc d'Elbœuf, qui s'attacha à sa fortune, et qui voulut bien épouser sa bâtarde en 1660,

1. Saint-Simon a déjà raconté ce fait : voyez tome I, p. 493 et i94.

22a VAUDEMONT. [1707]

laquelle avoit vingt et un ans ; et neuf ans après, le même duc d'Elbœuf, qui ne se soucioit [pas*] de son fils, le trembleur, du premier lit, à qui il fit céder son droit d'aînesse au duc d'Elbœuf d'aujourd'hui, fils de son second lit, donna sa fille du premier lit à M. de Vaudemont: Elle étoit sœur de mère de la femme du duc de la Rochefoucauld, qui a été si bien avec Louis XIV. M. de Vaudemont avoit vingt ans, et sa femme étoit de même âge.

On a vu ailleurs tout le parti qu'il sut tirer de sa figure, de son esprit, de sa galanterie, et comme le maréchal de Villeroy, épris de ses manières et de le voir si à la mode en France, crut du bel air d'être de ses amis, et se piqua toute sa vie d'en être. Vaudemont, ne tarder pas à s'apercevoir que ses gentillesses ne le mèneroientàrien de solide ici. 11 s'en alla aux Pays-Bas, entra au service des ennemis de la France, fit sa cour au prince d'Orange et aux ministres de la maison d'Autriche. Il alla en Espagne, où, appuyé de force patrons qu'il s'étoit ménagés, il obtint une grandesse à vie pour se donner un rang et un état de consistance, puis la Toison d'or pour se décorer. G'étoit en 1677, au temps de la plus forte guerre de la France contre la maison d'Autriche. On a vu en son lieu à quel point il se déchaîna contre elle pour plaire, et avec tant d'insolence, à Rome, où il alla d'Espagne, que le Roi ne dédaigna pas de se montrer piqué sur le personnel qu'il avoit osé attaquer, et le fit sortir honteusement de Home par ordre du Pape. 11 alla en Allemagne, où il sut se faire un mérite de cette aventure auprès de l'Empereur, qui le protégea toujours depuis et le fit prince de l'Empire, et auprès du prince d'Orange, si personnellement mal avec le Roi. 11 sut plaire à ce dernier par ses grâces, par sou esprit, par son adresse, par leur haine commune, au point d'entrer dans sa plus intime confiance, qu'il accordoit à si peu de gens. On en a vu des marques à Too-

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