CARACTÈRE DE M"* DE MONTESPAN
que ses nièces et les personnes assidues auprès d'eUe, ses femmes, celles que*, sans Tavoir été, elle avoit élevées chez elle, le prenoient toutes, et qu*on le sent et on le reconnoît encore aujourd*hui dans le peu de personnes qui en restent : c^étoit le langage naturel de la famille, de son frère et de ses sœurs. Sa dévotion, ou peut-être sa fantaisie, étoit de marier les gens, surtout les jeunes filles; et comme elle avoit peu à donner après toutes ses aumônes, c'étoit souvent la faim et la soif qu'elle marioit. Jamais, depuis sa sortie de la cour, elle ne s'abaissa à rien demander pour soi ni pour autrui ; les ministres, les intendants, les juges n'entendirent jamais parler d'elle. La dernière fois qu'elle alla à Bourbon, et sans besoin, comme elle faisoit souvent, elle paya deux ans d'avance toutes les pensions charitables qu'elle faisoit en grand nombre, presque toutes à de pauvre noblesse, et doubla toutes ses aumônes. Quoique en pleine santé, et de son aveu, elle disoit qu'elle croyoit qu'elle ne reviendroit pas de ce voyage, et que tous ces pauvres gens auroient, avec ces avances, le temps de chercher leur subsistance ailleurs. En effet, elle avoit toujours la mort présente ; elle en parloit comme prochaine dans une fort bonne santé, et avec toutes ses frayeurs, ses veilleuses et une préparation continuelle, elle n'avoit jamais ni médecin ni même de chirurgien.
Cette conduite concilie avec ses pensées de sa fin les idées éloignées de pouvoir succéder à M"* de Maintenon, quand le Roi, par sa mort, deviendroit libre. Ses enfants s'en flattoient, excepté M. du Maine, qui n'y auroit pas gagné. La cour intérieure regardoit les événements les plus étranges comme si peu impossibles, qu'on a cru que cette pensée n'avoit pas peu contribué à l'empressement des Noaîlles pour le mariage d'une de leurs filles avec le fils aîné de d'An tin. Ils s'é'toient fort accrochés à M"* Choin ; ils culti voient soigneusement Madame la