RETRAITE DE MONSIEUR DE SAVOIE
et la ville; la maladie, la désertion, la disette même diminuoit considérablement Jeurs troupes de jour en jour, enfin ils se résolurent à la retraite. Ils l'exécutèrent la nuit du 22 au 23 août, après avoir rembarqué presque tout leur canon, maïs ils laissèrent beaucoup de bombes. Monsieur de Savoie se retira en grand ordre, mais fort diligemment; il fit lui-même l' arrière-garde de tout en repassant le Var, se mit en bataille derrière et fit rompre tous les ponts, puis marcha vers Goni. Tessé le suivit mollement, tardivement, avec peu de troupes, et Medavid de fort loin, parce qu'il étoit parti d'une grande distance. Les paysans assommèrent tout ce qu'ils trouvèrent de traîneurs et de maraudeurs : ils étoient enragés de se voir trompés dans leur espérance. On ne put jamais tirer aucune sorte de secours des peuples dtf Provence pour disputer le passage du Var à l'arrivée de Monsieur de Savoie : ils refusèrent argent, vivres, milices, et dirent tout haut qu'il ne leur importoit à qui ils fussent, et que Monsieur de Savoie, quoi qu'il fit, ne pouvoit les tourmenter plus qu'ils l'étoient.
Ce prince, qui en fut averti, répandit partout des placards, par lesquels il marquoit qu'il venoit comme ami les délivrer d'esclavage, qu'il ne vouloit ni contributions trop fortes, ni de vivres même qu'en payant, que c'étoit à eux à répondre par leur bonne volonté à la sienne, et par leur courage à secouer le joug. Il tint exactement parole pendant tout le mois qu'il fut en Provence ; mais Fréjus pourtant fut bel et bien pillé, malgré tous les bons traitements faits à l'évêque, à qui tout ce qu'il avoit à la ville ou à la campagne fut soigneusement conservé : il falloit bien le payer de son Te Deum. En retournant, et même du moment qu'ils commencèrent à rembarquer, le besoin d'attirer les peuples cessant, la politique et le sage traitement cessa aussi : il y eut force piUage, qui joint à la retraite, qui ôtoit toute espérance de changer de maître, mit les paysans au désespoir aux trousses de cette armée, dont ils tuèrent tout ce qu'ils en