‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 204 sur 311 · FOLIE DE TES8É ET DE PONTGHARTRÂIN. [1707J · texte numérisé non relu

FOLIE DE TES8É ET DE PONTGHARTRÂIN. [1707J

grand coup et dans une situation aussi pressée a bien des soins et peu d'envie de rire ; ce ne fut pas le sentiment de Tessé : il n'en vit pas apparemment ces grandes suites si palpables; il ne voyoit pas apparemment qu'avec Toulon la marine du Levant et son commerce étoient perdus, que la Provence ne l'étoit pas moins, qu'Arles étoit un passage sur le Rhône et une ville ouverte, où Monsieur de Savoie pouvoit faire sa place d'armes en l'accommodant, et se porter de là\en Languedoc, fumant encore de fanatiques, à Lyon et dans les entrailles de la France ; ou s'il le vit, comme toutes ces suites-là sautoient aux yeux, en grand homme supérieur à tout, il y trouva le mot pour rire, et ce qui est incomparable, apparemment Pontchartrain aussi. Gardant pour soi la clef des champs^ pour y être plus libre que dans les retranchements de Toulon, où il ne fit que passer et où il ne s'arrêta que pour emporter, comme je l'ai dit, ceux de Monsieur de Savoie, il trouvoit le temps d'écrire à Pontchartrain, tous les ordinaires, jusqu'aux plus petits détails des nouvelles des ennemis et de tout ce qui arrivoit et sepassoit parmi nous, dans le style de don Quichotte *, dont il se disoit le triste écuyer et le Sancho, et tout ce qu'il mandoit il l'adaptoit aux aventures de ce roman. Pontchartrain me montroit ses lettres, il mouroit de rire, il les adiiiiroit; et il faut dire en effet qu'elles étoient trèsplaisantes, et qu'il rendoit un compte exact, en termes, en style et en aventures de ce roman, avec une suite et plus d'esprit que je ne lui en aurois cru. Moi cependant j'admirois un homme farci de ces fadaises en faire son capital pour rendre compte à un secrétaire d'État de l'affaire la plus importante et la plus délicate de l'État, dans la position si critique où il se trouvoit, et l'admiration même de ce secrétaire d'État, qui trouvoit cela admirable ; et la prosopopée fut soutenue jusque tout à la fin de l'affaire. Cela me paroîtroit incroyable si je ne l'avois pas vu. Lès détachements des différentes armées pour la Pro-

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