PRINCESSES DU SANG
Paris pour la voir. À la nuit elle mit pied à terre à la Muette, où ÂrmenonviUe donna un souper magnifique. Les dames de la cavalcade soupèrent avec M»' et M"* la duchesse de Bourgogne, laquelle pendant tout le repas fut servie par M"* d' ArmenonviUe debout derrière elle. Au sortir de table, il parut tout à coup une illumination trèS'galante ; on entendit des violons et de toutes sortes d'inâtruments ; on dansa ou on se promena jusqu'à deux heures après minuit. M"* de Fourcy, femme d'un conseiller d'Ëtat lors prévôt des marchands, et fille de Boucherat chancelier de France, avoit servi de même Madame la Dauphine de Bavière au dîner que le Roi fit à Thôtel de ville, avec beaucoup de dames à sa table, au sortir du Te Deum qu'il avoit été entendre à Notre-Dame lorsqu'il fut guéri de sa grande opération. 11 voulut témoigner à Paris qu'il lui savoit gré du zèle qu'elle avoit témoigné en cette occasion, et il fut fort remarqué que^ pour l'unique fois de sa vie, il demanda ce repas à l'hôtel de ville, auquel il ne voulut pas qu'aucun de ses ofiiciers travaillassent, ni que pas un de ses gardes entrassent dans l'hôtel de ville. Il n'y fut pas question que M"* de Fourcy se mît à table, non plus que M'* d' ArmenonviUe à la Muette. C'est un honneur auquel la robe la plus distinguée n'a jamais osé prétendre.
Deux jours après, le Roi fit souper avec lui MademoiseUe, fiUe de M. le duc d'Orléans, à son grand couvert à VersaiUes, et entrer après avec lui dans son cabinet. Cette distinction fit du bruit : les princesses du sang ne mangent point au grand couvert; c'est un honneur réservé aux fils, fiUes, petits-fils et petites-fiUes de France, excepté des festins de noces dans la maison royale, et dans des cérémonies fort rares. 11 est pourtant arrivé quelquefois qu'entre la mort de la Dauphine de Bavière et le mariage de ceUe de Savoie, les enfants de Monseigneur trop jeunes pour souper avec le Roi, et Monsieur et Madame à Paris ou à Saii;it-Cloud, le Roi, pour ne pas souper seul ou tète à tête avec Monseigneur, fit quelquefois venir au grand
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couvert Madame la Duchesse et M"* la princesse de Conti, ses filles, mais nulle autre princesse du sang, et cela sans suite et sans conséquence; mais j'ai vu quelquefois ces mêmes princesses y manger avec Madame à Fontainebleau, quelquefois la cour d'Angleterre y étant, et quelquefois aussi, mais très-peu. Madame la Princesse et M"* la princesse de Conti, sa fille, aussi à Fontainebleau, avec la même cour d'Angleterre, le soir au grand couvert, jamais à Versailles. G'étoit une faveur que le roi faisoit quelquefois à ses filles, qui fit crier Monsieur le Prince fort haut, Madame la Princesse étant à Fontainebleau, qui n'y étoit pas admise, tandis que Madame la Duchesse, sa belle-fille, et M"* du Maine, sa fille, l'étoient. Le Roi ne voulut pas pousser ce dégoût, et y fit manger quelque peu Madame la Princesse et M"* la Princesse; de Conti, puis n'y en fit plus manger pas une, et se restreignit au droit : apparemment que, ces princesses ayant mangé au grand couvert quelquefois, il voulut faire la même grâce à celle-ci, qui étoit sa petite-fille, pour qui cela n'eut pas plus de suite ni de droit que pour les autres.