‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 215 sur 311 · y a ici Broglia au manuscrit · texte numérisé non relu

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336 TONNERRE TDE LE FILS d'AMELOT. [1707]

d'Auvergne; son caractère; sa dépouille; dépit du comte d'Évreux. — Mariage du prince de Talmont, qui sur^irend un tabouret de grâce.

Le fils aîné du feu comte de Tonnerre, étant à la chasse à la plaine Saint-Denis avec le second fils d'Amelot, conseiller d'État, lors ambassadeur en Espagne, le tua d'un coup de fusil, le 6 septembre. M"* de Tonnerre fit prendre le large à son fils, et vint demander sa grâce au Roi, l'assurant que le fusil avoit parti sans que son fils y pensât, et que le jeune Amelot étoit fort son ami. En même temps M"* de Vaubecourt, sœur d' Amelot, vint demander au Roi de ne point donner grâce à l'assassin de son neveu, qui l'avoit couché en joue, et assura qu'il Tavoit tué de propos délibéré. Ce jeune Amelot étoit toute l'espérance de sa famille, ayant le corps et l'esprit aussi bien faits que son aîné les avoit disgraciés, qui Revint pourtant président à. mortier. Tonnerre étoit une manière d'hébété, fort obscur et fort étrange. 11 eut sa grâce un mois après : il entra pour un an à la Bastille, donna dix mille livres aux pauvres, distribuables par le cardinal de Noailles, et eut défense sous «Le grandes peines de se trouver jamais en nul lieu public ni particulier où M. Amelot seroit, et obligé de sortir de tous ceux où Amelot le trouveroit. Il a peu servi, quoique avec de la valeur, a épousé une fille de Blansac, et passe sa vie tout seul dans sa chambre ou à la campagne, en sorte qu'on ne le voit jamais.

Ce malheur me fait souvenir que Saint-Paul et Seraucourtse battirent en duel à l'armée de Flandres, à la tête du camp, sans autre façon, allant tous deux à pied dîner chez le duc de Guiche. ils étoient tous deux capitaines aux gardes, et anciens. Saint-Paul fut tué; Seraucourt se retira au quartier de l'électeur de Bavière : il fut cassé aussitôt après, et il fallut ne plus se montrer en France. Son frère, autrefois intendant de Bourges, employa auprès du Roi tout ce qu'il put inutilement. Il vit encore, à près de cent ans, dans une santé parfaite de corps

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et d*esprit et dans la société des hommes, mangeant, marchant et vivant comme à soixante ou soixantedix ans.

La disgrâce du maréchal de Villeroy, par chez lequel le Roi passoit souvent pour aller et venir de Fontainebleau, et la mort de M"* de Montespan, produisirent une nouveauté qui eut de grandes suites : M"* de Maintenon ne craignit plus son fils ; elle cessa de ce moment de le haïr comme le fils d'une ennemie dont elle craignoit les retours, et à qui elle ne poûvoit pardonner ce qu'elle lui avoit été, ce qu'elle lui de voit, le salaire dont elle Favoit payée. Elle commença à vouloir du bien à ce fils, comme au frère de ces bâtards qui lui étoient si chers, et avec qui il avoit toujours vécu dans une si parfaite dépendance. Cette raison le rendit, dès qu'il eut perdu sa mère, un homme, dans l'esprit de M"** de Maintenon, à approcher du Roi, qu'on tiendroit toujours par ses vices, delà bassesse desquels rien n'étoit à craindre et tout au contraire à profiter. Il fut donc déclaré que le Roi iroit coucher chez d'Antin, à Petit-Bourg, le 12 septembre.

C'est un prodige que les détails jusqu'où d'An tin porta ses soins pour faire sa eour de ce passage, et pour la faire jusqu'aux derniers valets. 11 gagna ceux de M"* de Maintenon, pendant qu'elle étoit à Saint-Cyr, pour entrer chez elle. 11 y prit un plan de la disposition de sa chambre, de ses meubles, jusqu'à ses livres, à l'inégalité dans laquelle ils se trouvoient rangés ou jetés sur sa table, jusqu aux endroits des livres qui se trouvèrent marqués. Tout se trouva chez elle, à Petit-Bourg, précisément comme à Versailles, et ce raffinement fut fort remarqué. Ses attentions pour tout ce qui étoit consixlérable en crédit, maîtres ou valets, et valets principaux de ceux-là, furent à proportion, et pareillement les soins, la politesse, la propreté pour tous les autres : meuble, commodités de toutes les sortes, abondance et délicatesse dans un grand nombre de tables, profusion de toute espèce de rafraîchissements, service prompt et à la main sitôt que quelqu'un tournoit la tête, Saint-Simon y. 22

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