‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 226 sur 311 · DISGRESSION SUR LA CHIMÈRE DE NAPLE · texte numérisé non relu

DISGRESSION SUR LA CHIMÈRE DE NAPLE

toujours en guerre ou en troubles, laissa sa couronne à Alphonse Vï, son fils, qui ne la posséda pas plus tranquillement. Il Tabdiqua en faveur de Jean II, son fils, qui mourut à la fleur de son âge, sans enfants. Frédéric II*, son oncle paternel, lui succéda. Ferdinand le Catholique, dont son père étoit par bâtardise cousin germain, ne laissa pas de le dépouiller de concert avec Louis XII, qu'il trompa ensuite cruellement, et acquît ainsi à soi et à sa postérité les royaumes de Naples et de Sicile. Frédéric II vint mourir de chagrin en France. Ainsi finit à Naples et en Sicile le règne de ces bâtards d'Aragon.

Ce Frédéric 11, dépouillé et mort en France, 1509, avoit épousé une fille d'Amédée IX, duc de Savoie, puis Is. des Baux, fille du prince d'Altamura. Il laissa trois fils et trois filles. Je ne m'arrêterai point aux trois fils, parce qu'ils moururent tous trois sans enfants, et finirent ainsi ces célèbres bâtards d'Aragon. La seconde des filles mourut jeune, sans avoir été mariée ; la cadette épousa J. -Georges marquis de Monferrat; l'aînée, dont il est question ici> le comte de Laval, et fut mère de la dame de la Trémoille. Après avoir expliqué ces droits et cette bâtarde descendance d'Aragon, éclaircissons un peu ces comtes de Montfort, où cette race bâtarde fondît avec ses prétentions, et de là dans la maison de la Trémoille.

Trois maisons de Laval, qu'il ne faut pas confondre : celle de Laval proprement dite, fondue par l'héritière dans la maison de Montmorency; le second connétable Matthieu II de Montmorency l'épousa en secondes noces, ayant des fils de sa première femme, de Gertrude de Soissons; il en eut deux de la seconde, dont l'aîné, Guy, prit le nom de Laval, et brisa la croix de Montmorency de cinq coquilles. 11 fut chef de la branche de Montmorency- Laval, qui dure encore depuis cinq cents ans ; c'est elle qu'on connott sous le nom impropre de la seconde maison

i. Ce roi est ordiDairement désigné sous le nom de Frédéric III.

de Laval. Le cinquième petlt-fils de ce chef de la branche de Montmorency-Laval, d'aîné en aîné, ne laissa qu'un fils et une fille. Le fils, déjà fiancé avec une fille de Pierre II comte d'Àlençon, tomba à la renverse dans un puits découvert de la grande rue de Laval, oùil jouoit à la paume, en 1413, et en mourut huit jours après, et sa sœur fut son héritière.

Elle avoit épousé en 1404, en présence de J. duc de Bjretagne, Jean de Montfort, fils aîné de Raoul sire de Montfort en Bretagne, de Loheac et de la Roche-Bernard, et de J. daine de Kergorlay. Par un des articles du contrat de mariage, J. de Montfort fut obligé à prendre les nom, armes et cri * de Laval, et de céder les siennes à Gh. de Montfort, son frère puiné. J. de Montfort et toute sa postérité y furent si fidèles, que tous les pères de sa femme, depuis le puîné du connétable, ayant eu pour nom de baptême Guy, tous les Lavals-Monfort, à cet exemple des Lavais-Montmorency, prirent tous le nom de baptême de Guy, jusqu'à changer le leur quand de cadets ils devinrent aînés, et prirent le nom de Guy en même temps que celui de comte de Laval. G*est cette maison de Montfort en Bretagne qui a fait la troisième maison de Laval. Avant ce mariage, elle portoit d'argent à la croix de gueules, givrée d'or*. 11 ne faut pas la confondre avec les Montforts- FAmaury de la croisade des Albigeois, qui étoient bâtards de France. Ceux-ci étoient originaires de Bretagne, où on ne voit pas même qu'ils aient figuré avant cette riche alliance ; mais depuis, bien que fort inférieurs en tout à la naaison de Montmorency, ils l'égalèrent bientôt en biens et en établissements, et la surpassèrent de beaucoup en rang et en alliances, et figurèrent très-grandement jusqu'à leur extinction. Cette grandeur des Montforts a continuellement été prise par les gens peu instruits, qui font la multitude, pour des grandeurs des Lavais-Montmorency, dont, pendant la régence de M. le duc d'Orléans, le comte

i. Cri de guerre.

S. Givrée d^or^ portant un serpent d'or dans ses armes.

Sautt-Suion y. !^

de Laval qui fut mis à la Bastille chercha à s'avantager, avec aussi peu de bonne foi que de succès.

Trois générations de ces Lavals-Montfort, depuis ce mariage de rhéritière : la première fut de trois frères; Taîné épousa Is., fille dfr J. Vï duc de Bretagne et de J. de France fille et sœur de Charles VI et Charles VII. Les ducs de Bretagne Fr. I" et Pierre II étoient les frères de cette comtesse de Laval. Laval fut érigé en comté pour son mari; les Montmorencis ne Tavoient eu que baronnie. Le maréchal de Loheac et le seigneur de Châtillon furent ses frères. Ce dernier eut successivement les gouvernements de Dauphiné, Gennes, Paris, Champagne et Brie, fut chevalier de Saint-Michel et grand maître des eaux et forêts de France. D'une de leurs sœurs, mariée à Louis de Bourbon, est issue la branche qui règne depuis Henri IV. J. VI duc de Bretagne avoit accordé sa fille avec Louis III, depuis duc d'Anjou et roi de Sicile ; il préféra le comte de Laval, et rompit un si grand mariage et si avancé. Le seigneur de Château|3riant, amiral de Bretagne, qui donna tant de biens au connétable Anne de Montmorency, étoit petit-fils de ce comte de Laval et de sa seconde femme^ héritière de Dinan, dont le père étoit grand bouteiller de France. Ce seigneur de Châteaubriant étoit beau-frère sans enfants du fameux Lautrec, maréchal de France, dit le maréchal de Foix ; et c'est de la dame de Châteaubriant, sa femme, dont, malgré l'anachronisme du temps de sa mort très-avéré, on a conté le roman des amours tragiques du roi François I" et d'elle.

La seconde génération fut entre autres de deux frères, car je laisse de grandes alliances et beaucoup d'autres illustrations, pour abréger dans toutes les trois, Guy XV comte de Laval, et le seigneur de la Roche-Bernard, et une sœur entre autres qui fut la seconde femme dû bon roi René de Naples et de Sicile titulaire, mais en effet duc d'Anjou et comte de Provence, dont elle n'eut point d'enfants. Guy XV comte de Laval fut grand maître de France, après le Chabannes comte de Dammartin. Le fameux sei-

gneur de Chaumont Amboise lui succéda. Il mourut sans enfants de la fille et sœur de J. II et de René ducs d'Alençon, si connus par leurs procès criminels, et tante paternelle de Ch. dernier duc d'Alençon, en qui finit cette branche royale.

La troisième génération fut du fils unique du seigneur de la Roche-Bernard, mort longtemps avant son frère aîné, le comte de Laval, dont je viens de parler. Ce fils du cadet hérita de son oncle, et c'est Guy XIV, gouverneur et amiral de Bretagne, en qui finit cette maidon troisième de Laval-Montfort, si brillante. Il mourut en 1531, et laissa des enfants de ses trois femmes, dont aucun des mâles n'eut de postérité ni ne figura.

Sa première femme fut Gh. d'Aragon, fille aînée de ce Frédéric, mort en France, dépouillé des royaumes de Naples et de Sicile par Louis XII et Ferdinand le Gatholique. La mèré'de cette Gh. d'Aragon étoit fille d'Amédée ÏX duc de Savoie, comme on le voit en la page précédente *, et ses frères, morts sans enfants, furent les derniers mâles de cette bâtardise couronnée d'Aragon. Ge mariage apporta au comte de Montfort-Laval et aux enfants qu'il en eut les, chimériques droits et les prétentions sur Napies et Sicile, tels qu'on les a vus expliqués en la page précédente ', avec le vain nom de prince de Tarente, titre aff'ecté aux héritiers présomptifs de la couronne de Naples. De ce mariage, je ne parle point des fils, parce qu'outre qu'il n'y en eut qu'un de cette Aragonaise, qui fut tué en 1522, au combat de la Bicoque, aucune des autres femmes n'eut postérité; ainsi je ne parlerai que des deux filles de celle-ci. L'aînée, mariée à Gl. de Rieux, comte d'Harcourt, dont la fille unique Renée de Rieux succéda à son oncle maternel et au père de sa mère, fut comtesse de Laval et marquise de Nesle; elle, quitta même son nom de baptême de Renée pour prendre celui de Guyenne. Elle mourut sans enfants, en 1567, de Louis de Sainte-Maure (Précigny), marquis de

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