‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 228 sur 311 · Pour abjurer · texte numérisé non relu

Pour abjurer

piquoit de savoir tout, et qui en effet savoit beaucoup, avoit beaucoup écrit sur la controverse dans les temps de sa vie où il n'avoit pas eu mieux à faire. Il se trouva flatté de la confiance du duc de la Trémoille en ce genre, et il ne fut pas insensible à trouver du temps au milieu des soins de ce grand siège, et de toutes les autres affaires, pour rinstruire et recevoir publiquement son abjuration. La récompense en fut prompte : il le fit mestre de camp général de la cavalerie, et lui donna son amitié pour toujours. Sa femme étoit digne fille de son père et digne sœur de ses frères; elle se garda bien de laisser faire son fils catholique : le père Fétoit, c'étoit assez. 11 porta le nom de prince de Tarente, dont aucun ne s'étoit avisé depuis cette Ch. d'Aragon,, comtesse de Laval-Montfort; sa mère eut ses raisons, et le mit au service d'Hollande, que nous protégions alors ouvertement, dans lequel il devint général de la cavalerie, gouverneur dô Bois-le-Duc, et chevalier de la Jarretière. Son habile mère, par ses frères et par elle-même, leurs alliances, leurs intelligences, leur religion, trouva le moyen de lui faire épouser Emilie, fille du feu landgrave Guillaume V de Hesse-Cassel et d'Amélie- Élis. d'Hanau, cette célèbre héroïne du siècle passé, si attachée à la France. La sœur de la princesse de Tarente épousa rélecteur palatin, et fut mère de Madame. Leur frère Guillaume VI, grand-père du roi de Suède d'aujourd'hui, maria ses filles, l'une au feu roi de Danemark, Christiern V, grand-père de celui d'aujoud'hui, l'autre à l'électeur de Brandebourg, Frédéric IH ; et cette princesse de Tarente étoit mère du duc de la Trémoille, gendre du duc de Crequy et du prince de Talmont, sur le mariage duquel se fait toute cette disgression.

M. de la Trémoille, quoique catholique, s'étoit mêlé dans les troubles de la minorité de Louis XIV à l'appui de ses beaux-frères, mais sans y figurer comme sa femme l'eût bien voulu. Us avoient été continuellement nourris par ses frères; ils avoient si\ en tirer tout le fruit. La frayeur que le cardinal Mazarin conçut de leur capacité

politique et militaire, de leurs alliances au dedans, surtout au dehors, de leurs appuis, lui inspira une passion extrême de se les réconcilier, de se les attacher, et de pouvoir compter personnellement pour eux K II y parvint enfin, et eux à tout ce qu'ils voulurent, et enfin à leur prodigieux échange, qui ne se fit qu'en 1651, en mars; mais longtemps auparavant l'union se négocioit du cardinal avec eux, et ils savoient en tirer les partis les plus avantageux, en attendant qu'elle fût scellée. La duchessede la Trémoille, leur sœur, qui étoit de tout avec eux, étoit ravie de les voir si proches de ce qu'ils s'étoient toujours proposé en agitant si continuellement la France; mais parmi la joie des avantages si immenses que ses frères étoient sur le point d'obtenir pour eux et pour leur maison, elle ne laissoit pas d'être peinée de voir son mari demeuré en arrière, et ne pas devenir prince comme eux. EUe se jeta, faute de mieux, sur la prétention de Naples, qu'il se peut dire qu'elle enfanta, parce qu'aucun des Lavals-Montfort n'y avoit jamais pensé, ni leur héritière, ni sa fille, d'où elle étoit tombé, comme on l'a vu, à la grand'mère de son mari, dont la maison n'y avoit jamais songé non plus jusqu'à elle. Elle fit faire des écrits sur cette chimère, et s'appuya de la naissance de sa bellefille et des services [de*] la landgrave, sa mère, dont l'importance et la fidéhté dévoient toucher, et qui ne mourut qu'en août 1651, après l'échange, et mit son espérance dans le crédit où étoient ses frères, qui, dans l'opinion où étoit le cardinal Mazarin que son salut, dans la situation où il étoit alors, se trouvoit attaché à leur réconciliation sincère et entière avec lui, étoient en efifet à même de toutes les conditions qu'ils lui voudroient prescrire. Elle étoit bien informée : les choses en étoient là en effet; mais elle se trompa sur ses frères, dont l'amitié ne put surmonter l'orgueil.

Ce même orgueil qui, depuis le mariage de l'héritière

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