‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 240 sur 311 · SUR LA DÉMISSION DE SON PÈRE · texte numérisé non relu

SUR LA DÉMISSION DE SON PÈRE

procha de lui dans son cabinet, pour lui demander à se démettre de sa charge en faveur de son fils. A peine en eut-il commencé la proposition, que le Roi, qui vit d'abord où elle tendoit, l'interrompit, et se hâta de lui accorder sa demande, tant il se sentit soulagé de se défaire de lui comme que ce fût, dans une fonction si intime et si continuelle pendant le quartier, et néanmoins si fréquente encore dans les autres quartiers, par mille détails. Ainsi, ce que la faveur du maréchal la plus déclarée n'avoit' pu obtenir de lui-même, ce qu'elle n'eût peut-être pas arraché du Roi, avec son goût pour le père et ses anciennes répugnances pour le fils,''que les nouvelles n'avoient pas raccommodées, tout céda à la disgrâce du maréchal de Villeroy et à la peine que le Roi avoit à le supporter.

Le duc de Villeroy étoit ce jour-là avec Monseigneur, qui couroit le daim au bois de Boulogne. La nouvelle lui fut portée, sans qu'il voulût la croire avant d'en avoir reçu des avis redoublés. Je ne vis jamais des gens si aises que la duchesse de Villeroy et lui, et nous nous rappelâmes avec plaisir ce souper si plein de larmes de la duchesse, et des soupirs de son mari, qui crut ses peines, ses services et sa fortune perdus par le caprice de son père à persévérer de lui défendre de voir Chamillart. La maréchale de Villeroy, avec son bon et sage esprit, fut ravie, mais le maréchal, après avoir joui vingt-quatre heures des compliments de la cour, sentit avec horreur tout son vide, et qu'il ne tenoit plus à rien. Cette situation lui devint insupportable : jusqu'alors il avoit été le roi de Lyon; il se voulut rejeter sur cette partie d'existence, et y aller régner; maiscegouvernementétoit dans le département de Chamillart : il en craignit tout, il chercha à s'en délivrer, Torcy étoit de ses amis, qui avoit le Dauphiné dans le sien ; il lui proposa de troquer avec Chamillart, qui n'auroit pas bonne grâce de refuser le gouvernement de son gendre pour se conserver les occasions de tourmenter le maréchal dans le sien. Torcy y consentit, Chamillart aussi,

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