DISGRESSION SUR SA MÈRE
jusqu'au coucher du Roi. On prétendoit qu'elle avoit encore plus d'esprit que M** de Montespan, et plus méchante-. Là elle tenoit le dé, et disputoit, et souvent aigrement, contre le Roi, qui aimoit à l'agacer. Avec des choses fort plaisantes, elle étoit impérieuse et glorieuse au dernier point : elle vantoit toujours sa maison au Roi, en efifet grande et ancienne, et le Roi, pour la piquer, la rabaissoit toujours. Quelquefois, de colère, elle lui disoit des injures, et plus le Roi en rioit, plus sa furie augmentoit. Un jour, étant là-dessus, le Roi lui dit qu'avec toutes ses grandeurs, elle n'en avoit aucune de celles de la maison de Montmorency, ni connétables, ni grands maîtres, etc. « Cela est plaisant, répondit-elle; c'est que ces Messieurs-là d'auprès de Paris étoient trop heureux d'être à vous autres rois, tandis que nous, rois dans nos provinces, nous avions aussi nos grands officiers, comme eux, des gentilshommes d'autour de nous. » C'étoit la personne du monde qui demeuroit le moins court, qui s'embarrassoit le moins, et qui très-souvent embarrassoit le plus la compagnie. Elle ne sortoit presque jamais de Versailles, si ce n'étoit pour aller Voir M"* de Montespan.
M. de la Rochefoucauld étoit son ami intime, et Mademoiselle aussi. Toutes deux étoient fort propres pour leur manger. Le Roi prenoit plaisir à leur faire mettre des cheveux dans duî)eurre et dans des tourtes, et à leur faire d'autres vilenies pareilles. Elles se mettoient à crier et à vomir, et lui à rire de tout son cœur. M"'* de Thianges vouloit s'en aller, chantoit pouille au Roi, mais sans mesure, et quelquefois, à travers la table, faisoit mine de lui jeter ces saletés au nez. Elle fut de toutes les parties et de tous les yoyages tant qu'elle le voulut bien, et le Roi l'en pressa souvent depuis que sa santé l'eût* rendue plus sédentaire. Elle parloit aux enfants de sa sœur avec un ton et une autorité de plus que tante, et eux avec elle dans les
f . Il y a bien l'eût [l'east], au subjonctif.