MARIAGE DE CANI
que ces frayeurs. Dès qu'ils l'eurent conclu entre eux, Ghamîllart en parla à M"' de Maintenon, qui d'abord se hérissa, et qui en éloigna le Roi. Le ministre s'en aperçut bien lorsqu'il lui en parla; mais malheureusement accoutumé à marier ses enfants contre le gré de la puissance souveraine, comme on Ta vu de la Feuillade, il retourna à la charge. Il obtint donc un consentement dépité de sa bienfaitrice, et forcé du Roi, à qui, contre sa coutume, il échappa de dire que puisque Chamillart vouloit absolument une quiétiste, au bout du compte cela ne lui faisoit rien. De cette façon s'accomplit le mariage, au cuisant déplaisir de toute la famille des Mortemarts, qu'ils ne prirent pas soin de trop cacher. Les bâtards, qui se sont toujours piqués de prendre part en eux tous, ne se cachèrent pas non plus d'entrer sur cela dans leur sentiment, et cette conduite put confirmer ce qui vient d'être expliqué du dépit qu'en conçut M"* de Maintenon, leur ancienne gouvernante, qui tenoit si tendrement à eux, et eux à elle avec tant de dépendance. La noce se fit à l'Estang, avec joie et magnificence, mais sans rien d'outré, et la nouvelle marquise de Gani jouit environ six semaines de toute la splendeur de son beau-père. Mais sa santé devenant tous les jours plus mauvaise et son crédit plus tombé, faute d'avoir pu tenir tous les engagements que la nécessité des affaires lui avoit fait contracter, et que cette même nécessité l'empêchoit de remplir, il songea tout de bon à tirer de ce mariage le principal avantage qu'il s'en étoit proposé.
De longue main Chamillart avoit préparé sa besogne, en faisant valoir celle de Desmarets en toute occasion, et en se déchargeant sur lui des affaires les plus importantes, que sa santé ne lui permettoit pas de suivre d'assez près. Il avoit de plus commencé à sentir que la nécessité des affaires s'étoit enfin montrée au Roi de manière à le laisser abdiquer; et il connoissoit trop M"* de Maintenon pour n'avoir pas remarqué du changement en elle depuis la proposition du mariage de son fils. Il en jugea, mais trop