‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 256 sur 311 · J MA CONVERSATION AVEC DESMARETS · texte numérisé non relu

J MA CONVERSATION AVEC DESMARETS

affaires par le canal d'Armenonville à son insu, mais avec certitude qu'il ne le trouveroit pas mauvais, bien qu'il ignorât le nombre prodigieux et les détails de ces exactions.

Ces propos lui ouvrirent le champ sur Armenonville, indigné toujours que son premier retour n'eût abouti qu'à le faire, pour son argent, confrère cadet d'un homme dont la comparaison lui étoit odieuse. Il s'en étoit souvent ouvert à moi dans ces temps-là. Jamais il n'avoit été bien avec lui qu'à l'extérieur. J'étois content d'ArmenonviUe dans tout ce qui s'étoit présenté à juger devant lui, pour des taxes de terres et d'autres semblables misères, qui ne sont que trop continuelles. Il aimoit naturellement à obliger, surtout les personnes de qualité. 11 me contoit souvent aussi ses griefs sur Desmarets, dont il me savoit ami, et plus d'une fois, tandis qu'ils furent directeurs des finances, je fus arbitre de leurs pointilleries. Desmarets n'étoit pas de meilleure condition qu' Armenonville : si l'un étoit neveu de Colbert, l'autre étoit beau-frère de Pelletier le ministre. Mais le cruel compliment de ce dernier en congédiant Desmarets, que j'ai rapporté p. 215*, étoit sans doute le ^erme de cette haine, qu'il ne put retenir avec moi dans ce moment de prospérité, quoique il ne pût ignorer que je fusse de ses amis, et la joie de pouvoir l'humilier et s'en défaire. Je quittai Desmarets l'esprit rempU de réflexions sur les étranges mutations de ce monde, et de doute d'une grande et indissoluble union entre Chamillart et Desmarets.

L'instant de l'élévation d'un contrôleur général libre de tout autre emploi fut celui de la suppression des deux directeurs des finances, qui n'avoient été faits que pour le soulagement de Chamillart. Le Roi voulut qiie Desmarets fût remboursé de la sienne ' ; et pour Armenonville, on chercha quelqu'un qui voulût acheter bien cher une

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