POULLETIER INTENDANT DES FINANCES
trature n'avoit encore décrassé. Ce fut ce que le chancelier appela le testament de GhamiUart : la honte de ces charges, la flétrissure du conseil, où ces intendants s'assoient, jugent, ont rang de conseillers d'État, et quand ils le deviennent, en fixent l'ancienneté à leur date d'intendant des finances. Cela fit grand bruit : le chancelier cria bien haut, le conseil députa pour faire des oppositions, puis de très-horribles remontrances; ce n'en étoit plus le temps : rien ne fut écouté. Desmarets se tint neutre pour plus d'une raison ; Chamillart tint ferme, et le Roi maintint le changement d'un financier en juge de la finance et des autres procès. Un jour que, dans la chaleur de cette lutte, le chancelier s'emportoit sur cette tache seul avec moi, qu'il disoit si livide et qui déshonoroit tout un corps illustre, je me mis à sourire et à lui demander froidement si ces charges d'intendants des finances étoient héréditaires : il fut surpris de la question. Je lui demandai ensuite s'il les comparoit à nos dignités, et le corps du conseil à notre collège : il fut encore plus étonné. Après qu'il m'eut répondu à ces deux questions : « Ne vous émerveillez donc pas, lui dis-je, si vous m'avez vu si outré lorsque ce pied plat de Villars, sorti du grefi'e de Gondrieu, est devenu duc héréditaire. » A cela le chancelier n'eut pas un mot à répliquer; il baissa la tête; il m'avoua que j'avois grande raison, et il se lâcha avec moi sur cet avilissement incroyable où, avec tant de soin, on prend plaisir à tout confondre. Jamais depuis je ne l'ouïs dire un mot du conseil et de PouUetier.
Je me suis un peu étendu sur ce mariage du fils de Chamillart, sur le changement de contrôleur général, et sur ce qui se passa alors entre Desmarets et moi : l'application de toutes ces choses trouvera sa place en son temps.
11 n'est pas croyable combien on en prit occasion de crier contre le duc de Beauvillier : avec sa dévotion, sa modestie, sa retraite, il sacrifioit, disoit-on, sa nièce,