‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 268 sur 311 · SUITE DU ROI D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

SUITE DU ROI D'ANGLETERRE

ce qui dépendit de Chamillart encore plus tard. Lui et Pontchartrain, de longue main aigris au dernier point l'un contre Tautre, se rejetèrent mutuellement la faute avec beaucoup d'aigreur. La vérité est que tous deux y ctoient, mais que Pontchartrain fut plus qu'accusé d'y avoir été parmauvaise volonté, et l'autre par impuissance. On eut grand soin qu'il ne parût aucun mouvement à Saiitt-Germain. On couvrit le peu d'équipages qu'on tint prêts au roi d'Angleterre d'un voyage à Anet pour des parties de chasses. Il ne de voit être suivi, comme en effet il ne le fut, que du duc de Perth, qui avoit été son gouverneur, de Sheldon, qui avoit été son sous-gouverneur, des deux Hamiltons, de Middleton, et de fort peu d'autres.

Perth étoit Écossois; il avoit été longtemps chancelier d'Ecosse, qui est la première dignité et la plus autorisée du pays, et qui est aussi militaire, toujours remplie par les premiers seigneurs. Ses gendres, ses ^|leveux, ses plus proches y occupoient encore les premiers emplois, y avoient le principal crédit, et étoient tous dans le secret et les plus ardents promoteurs de l'entreprise. Le sousgouverneur étoit un des plus beaux, des meilleurs et des plus étendus esprits de toute l'Angleterre, brave, pieux, sage, savant, excellent officier, et d'une fidélité à tonte épreuve, mais vieux et extrêmement sourd. Les Hamiltons étoient frères de la comtesse de Gramont, des premiers seigneurs d'Ecosse, braves et pleins d'esprit, fidèles. Ceux-là, par leur sœur, étoient fort mêlés dans la meilleure compagnie de notre cour; ils étoient pauvres, et avoient leur bon coin de singularité. Middleton étoit le seul secrétaire d'État, parce qu'il avoit coulé à fond le duc de Melford, frère du duc de Perth, qui étoit l'autre, qui n'en avoit plus que le nom depuis les exils où fort injustement, à ce que les Anglois de Saint-Germain prétendoient, Middleton l'avoit fait chasser; il n'habitoit plus même Saint-Germain. La femme de Middleton étoit gouvernante de la princesse d'Angleterre, et avoit toute la confiance

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de la Reine. C'étoit une grande femme bien faite, maigre, à mine dévote et austère. Elle et son mari avoient de Fesprit et de l'intrigue comme deux démons; et Middleton, par être de fort bonne compagnie, voyoit familièrement la meilleure de Versailles. Sa femme étoit catholique, lui protestant, tous deux de fort peu de chose, et les seuls de tout ce qui étoit à Saint-Germaiu qui touchassent tous leurs revenus d'Angleterre. Le feu roi Jacques, en mourant, Tavoit fort exhorté à se faire catholique. C'étoit un athée de profession et d'effet, s'il peut y en avoir, au moins un franc déiste; il s'en cachoit m*ême fort peu. Quelques mois après la mort de Jacques, il fut un matin trouver la Reine, et comme éperdu lui conta que ce prince lui avoit apparu la nuit, lui déclara avec grande effusion de cœur qu'il devoit son salut à ses prières, et protesta qu'il étoit catholique. La Reine fut assez crédule pour s'abandonner au transport de sa joie. Middleton fit une retraite, qu'il termina par son abjuration, se mit dans la grande dévotion et à fréquenter les sacrements : la confiance de la Reine en lui n'eut plus de. bornes; il gouverna tout à Saint-Germain. La Jarretière lui fut offerte, qu'il refusa par modestie, mais pour tout cela ses revenus d'Angleterre ne lui étoient pas moins fidèlement remis. Plus d'une fois le projet d'Ecosse, proposé d'abord à Saint-Germain, avoit été rejeté par lui, et méprisé par la Reine, qu'il gouvernoit. Quand il se vit pleinement ancré, il quitta peu à peu la dévotion, et peu à peu reprit son premier genre de vie, sans que son crédit en reçût de diminution. Cette fois, comme les précédentes, il fut de tout le secret ; mais comme notre cour y entroit avec efKcace, il n'osa le contredire, mais il s'y rendit mollement. Tel fut le seul et véritable mentor que la Reine donna au Roi son fils pour l'expédition d'Ecosse.

L'affaire étoit au point qu'elle ne pouvoit plus être retardée : le secret commençoit à transpirer; on avoit embarqué une prodigieuse quantité d'armes et d'habits pour les Écossois ; les mouvements de terre et de mer étoient

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